Mission Samoyède

Blog consacré à la Mission Samoyède (1940-1945) et à son initiateur, le Baron Paul-M.G. LÉVY (1910-2002)

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2005/11/09

09/16 - Hommage de M. Armand Spineux

M. le professeur Armand SPINEUX est doyen de la Faculté des Sciences économiques, sociales et politiques de l'Université Catholique de Louvain.

Plutôt qu'énoncer les titres des nombreuses personnalités ici présentes, je préfère utiliser le seul titre que nous avons l'honneur de partager ensemble cet après-midi, celui "d'amis de Paul Lévy.

Lui-même était d'ailleurs à cet égard très serein ; à un collègue plus jeune qui le félicitait avec un peu trop d'enthousiasme pour avoir reçu le titre de baron, il répondait l'œil malicieux : "Oh !, vous savez, avec l'âge, on a forcément plus de chances de récolter quelques titres, mais ce qui importe vraiment, c'est l'amitié".

Dans cet esprit, j'évoquerai très brièvement quelques aspects d'une des facettes de la personnalité de Paul Lévy : son métier d'universitaire, de scientifique et surtout d'enseignant.

L'universitaire

A la lecture de ses ouvrages, on est frappé par une qualité qui traverse tous les développements de sa pensée ; la rigueur, rigueur intellectuelle et rigueur morale. La rigueur intellectuelle qui s'allie chez Paul Lévy avec un esprit analytique, le conduit, sous peine d'être insatisfait, à exploiter tous les détails d'un phénomène, ensuite, à replacer tous ces détails dans un ensemble ordonné pour dégager des pistes de compréhension et d'explication de la réalité.

La rigueur morale s'allie, elle, avec la sûreté du jugement mais aussi avec une certaine intransigeance dans ses attitudes faces aux évènements et aux actes que Paul Lévy ne pouvait cautionner.

La rigueur intellectuelle cherche le pourquoi de "l'agir", la rigueur morale dit comment agir dans des situations concrètes, historiques, générales ou particulières.

C'est dans le concret que s'éprouve la force morale, c'est dans la réflexion que se construisent les motivations de l'action.

Le scientifique

Ses recherches, faut-il encore le rappeler, couvrent de larges domaines ; sociologie politique, sociologie de la communication, relations internationales, affaires européennes, tous ces domaines d'investigation portent la marque de Paul Lévy : concilier les idées de vocation ou de mission.

La vocation, c'est la lumière qui l'éclairait de l'intérieur, toujours finalisée dans un projet d'action. La mission, c'est ce qu'il a reçu des autres, ce qu'il a accepté de prendre en charge. La réunion des deux, ce sont des réalisations significatives tant sur le plan national qu'international.

La création d'un Centre de recherche sur la pais, la naissance et le renforcement de l'idée fédéraliste pour la construction de l'Europe en sont deux exemples parmi d'autres.

La recherche scientifique pour Paul Lévy ne pouvait être un exercice abstrait séparé de l'intelligence du cœur. La science ne pouvait être neutre vis-à-vis des grands intérêts humains. La science était à la fois responsabilité et engagement.

Là aussi, fidèle à lui-même et à ses combats antérieurs, il faisait sienne la devise de la radio britannique : "to tell the truth to the people of the world".

L'enseignant

Passionné par la volonté de transmettre un savoir, une expérience, une vision, … des valeurs, Paul Lévy a privilégié par-dessus tout sa relation avec les étudiants et les étudiantes. Ecoutez ce qu'il disait de ses premiers contacts avec le monde de l'enseignement. Cet extrait émane d'un texte qu'il nous a fait parvenir à l'occasion du cinquantième anniversaire de notre Faculté : "Ce qui m'avait choqué d'abord, écrivait-il, c'était que la théorie dans la plupart des cours précédait la pratique. Vous me direz que c'était logique, mais je concevais une démarche différente pour les étudiants. Ils avaient une connaissance inévitable de la pratique, c'est donc par elle que je devais commencer !"

Trente ans plus tard, toutes les réformes pédagogiques que nous essayons de mettre en œuvre, en situant "l'étudiant acteur" au centre de sa formation, partent de ce principe !

Au moment de son départ à l'éméritat en 1982, Paul Lévy nous disait ceci : "La plus lourde de mes dettes, ce n'est pas à vous que je la dois. C'est à celles et à ceux qui au sein de notre communauté sont à mes yeux les membres les plus importants et … , pardonnez-moi, les plus intéressants. Je veux parler des étudiantes et des étudiants. Je voudrais qu'ils sachent combien je suis conscient de cette dette à leur égard, comme à l'égard de ceux qui les ont précédés, car ce fut un privilège incroyable de les côtoyer ainsi pendant tant d'années. Ce fut un privilège pas seulement de les enseigner, mais de les voir vivre. Et aussi de se sentir remis en question par eux. De sentir, posés sur moi, ces regards exigeants et réservés à la fois où l'ardeur se mêle au soupçon, l'espoir à l'inquiétude. Oui, s'il y a chez moi un regret, c'est peut-être que les servitudes de la vie et des activités professionnelles ne m'aient pas permis de mieux encore les rencontrer et de leur faire comprendre tout ce qu'ils représentaient pour moi."

Monsieur le Professeur Lévy, vous n'avez plus de regrets à avoir !

Votre souci des étudiants, votre capacité à faire en sorte qu'ils développent leurs propres projets sans décalquer les nôtres, votre foi dans l'homme, … vous qui aviez eu toutes les raisons de désespérer, …

Votre dette, comme vous l'appelez, vis-à-vis de ces étudiants, nous vous en déchargeons … mais nous ne l'effaçons pas !

Permettez-nous de la reprendre à notre compte et de vous dire encore une fois toute la fierté et la reconnaissance de notre Faculté et de notre Université pour avoir bénéficié de votre sagesse, de votre savoir et de votre amitié.
Textes et photos extraits du
Bulletin du Cercle royal 'Art et Histoire' de Gembloux - n° 34/2002