Mission Samoyède

Blog consacré à la Mission Samoyède (1940-1945) et à son initiateur, le Baron Paul-M.G. LÉVY (1910-2002)

Ma photo
Nom :
Lieu : 1050 - Bruxelles/Brussel, Rue du Châtelain - Casteleinstraat 46, Belgium

R.U.S.R.A. - K.U.I.A.D. Royale Union des Services de Renseignement et d'Action asbl 410 841 718 = Koninklijke Unie der Inlichtings- en ActieDiensten vzwd 410 841 718

2005/11/30

M.S. : 5.9.1944 : 13:30 hr : Tamines : texte de l'émission (2-2)

Posted by Picasa

2005/11/29

M.S. : 5.9.1944 : 13:30 hr : Tamines : texte de l'émission (1-2)

Posted by Picasa

2005/11/28

M.S. : 5.9.1944 : Tamines : texte de l'émission (2-2)

Posted by Picasa

2005/11/27

M.S. : 5.9.1944 : Tamines : texte de l'émission (1-2)

Posted by Picasa

2005/11/26

M.S. : 1943 : entrée cachée du site d'émission de Tamines

Posted by Picasa

2005/11/25

M.S. 8-8 : Bibliographie

  • Archives du C.E.R.H.S.G.M.

    +Consultation des papiers personnels et des interviews consignées par le C.E.R.H.S.G.M. (cfr note 53) de Messieurs :

    - BOON J.
    - BRUYERE G.
    - CLERDENT P.
    - DANDOY G.
    - HUBERT G.
    - LEVY P. M.G.
    - MERTENS F.
    - MICHEL V.
    - de SAUSMAREZ C.
    - de SCHRIJVER A.
    - UGEUX W.
    - VELDEKENS F.
    - VELDEKENS J.
    - de VLEESCHAUWER A.
    - WAUTERS A.

    +CUMBERBATCH G. & HOWITT D., « Social communication and War : the mass media » in La communication sociale et la guerre, Bruxelles, Etablissement Emile Bruylant, colloque des 20, 21, 22 mai 1974, pp. 127-247.

    +Documents préparatoires aux émissions Jours de Libération, R.T.B.F.-Charleroi

    +INBEL, Les Belges en Grande-Bretagne. Activités politiques.

    +MINISTERE BELGE DES AFFAIRES ETRANGERES, Belgique, la relation officielle des événements 1939-1945, London, Evans Brothers Limited - Hazell, Watson & Viney, 1941.

    +UGEUX, W., « Evolution de l’importance de l’impact de la communication sociale sur le déroulement de la guerre de 1940 à nos jours » in La communication sociale et la guerre, Bruxelles, Etablissement Emile Bruylant, colloque des 20, 21, 22 mai 1974, pp. 40-45.

    +UGEUX, W., « La communication de masse, instrument de paix et arme de guerre » in La communication sociale et la guerre, Bruxelles, Etablissement Bruylant, colloque des 20, 21, 22 mai 1974, pp. 111-126.

  • +VANBERGEN, M., Institut National Belge de Radiodiffusion, Radio-Belgique et Radiodiffusion Nationale Belge (1939-1944), Bruxelles, ULB, 1975.

    +WILLEQUET, J., Sentiment national en Allemagne et en Belgique (19-20ème), Bruxelles, ULB, colloque des 25 et 26 avril 1963.

    +WILLIQUET, J., Le gouvernement belge à Londres (1940-1944) in Conference on Governements isolated in London during the Second World War, London, 24 octobre 1977.
    Document audiovisuel

    +Emission Jours de Libération ; présentée par Bernard BALTEAU en direct de Tamines le 5 septembre 1994 - R.T.B.F. - Charleroi.

    Document radiophonique

    +La « téhessef »... face à la guerre des ondes (reconstitution sonore réalisée par Georges Hubert le 5 septembre 1994 sur l’antenne de la R.T.B.F.-Namur, lors des manifestations commémoratives de la Libération).

    Interviews

    +Comte Pierre CLERDENT, Beaufays le 27 mars 1998.

    +Monsieur Georges HUBERT, Namur le 7 janvier 1998.

    +Professeur émérite Paul M-G. LÉVY, Gembloux les 5 décembre 1997 et 14 avril 1998.

    Ouvrages

    +BAMBERGER, M., La radio en France et en Europe, Paris, PUF, 1997.

    +BALACE, F., L’an 40. Jours de sursis, Bruxelles, Crédit Communal, 1990

    +BALACE, F., Jours de chagrin, Bruxelles, Crédit Communal, 1991.

    +BEDARIDA, F., L’Allemagne de Hitler 1933-1945, La Flèche, Seuil, 1991.

    +BENHAÏM, J-P., BONVOISIN, F., & DUBOIS, R., Les radios locales privées, Paris, ESF, 1985.

    +BERNARD, H., L’autre Allemagne. La Résistance Allemande à Hitler 1933-1945, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1976.

    +BERNARD, H., La résistance 1940-1945, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1969.

    +BERNARD, H., « La résistance en Belgique. Les services de renseignements belges au cours de la Seconde Guerre mondiale » in European Resistance Movements 1939-1945, Oxford ; London ; New York ; Paris, Pergamon Press, 1964, pp. 259-262.

    +BOON, J., Zo was Jan Boon, Antwerpen, Artistenfonds, 1962.

    +BOURDET, Cl., L’aventure incertaine : de la Résistance à la Restauration, Paris, Stock, 1975.

    +BUCHBENDER O. & HAUSCHILD R., Radio Humanité, les émetteurs allemands clandestins 194O, Paris, France-empire, 1986.

    +BUTON, Ph., Résistances 1940-1945, Paris, LNDP, 1990.

    +CHARLES J-L. & DASNOY Ph., 1940-1942, Les dossiers secrets de la police allemande en Belgique, Lier, Arts & Voyages, 1972, Tomes I et II.

    +CHEVAL, J-J., Les radios en France. Histoire, état et enjeux, Rennes, Apogée, 1997.

    +COMMISSION DE L’HISTORIQUE DE LA RESISTANCE, Livre d’Or de la Résistance belge, Bruxelles, Leclercq, 1948.

    +CREMIEUX-BRILHAC, J-C., Ici Londres 1940-1944 : Les voix de la Liberté, Paris, La documentation française, 1975, 5 vol.

    +DE LAVELEYE, V., Ici Radio-Belgique, Bruxelles, Ad. Goemaere, 1949.

    +DE LAUNAY, J., La vie quotidienne des Belges sous l’Occupation, Bruxelles, Legrain, 1982.

    + DELPEREE, F., « Radio et télévision en Belgique » in Debbasch, Ch., Radio et télévision en Europe, Paris, CNRS, 1985, pp. 65-79.

    +DIAMANT, D., Combattants, héros et martyrs de la Résistance, Paris, Renouveau, 1984.

    +DUJARDIN, J., « Histoire de la radio en Belgique » in Communauté des radios publiques de langue française, La guerre des ondes : histoire des radios de langue française pendant la Deuxième Guerre mondiale (sous la direction de ECK H.), Montréal : Hertubise - H.M.H. ; Lausanne : Payot ; Bruxelles : Editions Complexe ; Paris : Armand Colin, 1985, pp. 157-225..

    +DUJARDIN, J., La Belgique occupée : Résistance et Répression, Bruxelles, Ministère de l’éducation nationale et de la culture Française, 1977, 2 vol.

    +FERRO M.& PLANCHAIS J., Les médias et l’Histoire, Paris, CFPJ, 1997.

    +FERRO, M., Questions sur la Seconde Guerre mondiale, Paris, Casterman, 1993.

  • +GERARD-LIBOIS J. & GOTOVITCH J., L’an 40. La Belgique occupée, Bruxelles, CRISP, 1971.

    +GALLE H. & TANASSEKOS Y., La Résistance en Belgique, Bruxelles, Collet, 1979.

    +GOTOVITCH, J., Sous la régence : résistances et pouvoirs, Bruxelles, CRISP, 1983.

    +Héros et martyrs 1940-1945, Nos fusillés, Bruxelles, Rosez, 1946.
    - Vol. 2 - UGEUX, W., Les services de renseignement et d’action, pp. 25-44.
    - Vol. 5 - HONOREZ, J., La presse clandestine, pp. 89-106.
    - Vol. 17 - VERHOEVEN, J., Au seuil de l’éternité, pp. 255-270.

    +HUBERT, G., Namur en images 1939-1945, Namur, Edico, 1991.

    +JACQUEMYNS, G., La Société belge sous l’occupation allemande 1940-1944, Bruxelles, ULB, Nicholson & Watson, 1950, 3 vol.

    +KREIT G. & LOHEST C., La Défense des Belges devant le Conseil de guerre allemand, Liège, Pax, 1945.

    +LEAN, T., Voices in the Darkness, London, Secker & Warburg, 1943.

    +LEVY, P. M-G., Casse-cou, ou A travers l’Europe à la recherche d’une méthode d’occupation (10 lettre d’Allemagne), Liège, Société d’Impression et d’Edition, 1946.

    +LHOIR, G., La mission Samoyède : les maquisards de la Radio nationale belge 1940-1945, Bruxelles, Hatier, 1984.

    +LUCHIE, G-H., La Belgique au temps de l’Occupation 1940-1945, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1972.

    +Mc LUHAN, M., D’œil à oreille : La nouvelle Galaxie, Paris, Denoël-Gonthier, 1977.

    +Mc LUHAN, M., La Galaxie Gutenberg : face à l’ère électronique, les civilisations de l’âge oral à l’imprimerie, Tours, Mame, 1967.

    +Mc LUHAN, M., Pour comprendre les média : les prolongements technologiques de l’homme, Tours : Mame ; Paris : Seuil, 1968.

    +MABILLE, X., Histoire politique de la Belgique, Bruxelles, CRISP, 1997.

    +MICHEL, H., 1939 La Deuxième Guerre mondiale commence, Bruxelles, Complexe, 1982.

    +MICHEL, H., La guerre de l’ombre : la Résistance en Europe, Paris, Grasset et Fasquelle, 1970.

    +MOREAU, J-G., « La radio » in Mass Media II, Bruxelles, Bloud & Gay, 1966.

    +NOGUERES, H., La première année, juin 1940-1941, Paris, Laffont, 1967.

  • +NOGUERES, H., La vie quotidienne des résistances de l’Armistice à la Libération (1940-1945), Paris, Hachette, 1984.

    +NOUTHE, F., La communication radiorale, Louvain-La-Neuve, Cabay, 1982.

    +PARROT, J., La guerre des ondes de Goebbels à Kadhafi, Paris, Plon, 1987.

    +PETIT, L., Histoire(s) et présence(s) de la R.T.B.F. en Namur-Luxembourg-Brabant wallon, Namur, Radio-Télévision-Culture asbl, 1998.

    +REMOND, R., Le Xxème siècle, de 1914 à nos jours, La Flèche, Seuil, 1989.

    +SABBAGH, A., La radio : rendez-vous sur les ondes, Evreux, Gallimard, 1995.

    +SEMELIN, J., Sans armes face à Hitler : la résistance civile en Europe : 1939-1943, Paris, Payot, 1989.

    +STRUBBE, F., Services secrets belges 1940-1945, Gand, Madoc, 1998.

    +STRUYE, P., L’évolution du sentiment public en Belgique sous l’occupation allemande, Bruxelles, Lumière, 1945.

    +TARDIEU, J., « Littérature et radio » in Grandeurs et faiblesses de la radio, Paris, Unesco, 1969.

    +THOVERON, G., Radio et télévision dans la vie quotidienne, Bruxelles, ULB, 1971.

    +THOVERON, G., « Bruits de l’entre-deux-guerres » in Association des licenciés en journalisme et communication de l’ULB, ULB à la une : la Belgique et l’Université Libre racontées par la presse, Bruxelles, Le Cri, 1988, pp. 51-77.

    +TIEVANT, S., Les radios de proximité, Paris, La Documentation Française, 1986.

    +UGEUX, W., Histoires de résistants, Paris-Gembloux, Duculot, 1979.

    +VANWELKENHUYZEN, J., L’agonie de la paix 31 août -3 septembre 1939, Paris- Louvain-La-Neuve, Duculot, 1989.

    +VASSEUR, F., Les médias du futur, Paris, PUF, 1992.

    +VERHOEYEN, E., La Belgique occupée, de l’an 40 à la Libération, Bruxelles, De Boeck, 1994.

    +WARD, K., Mass Communications and the Modern World, London, Macmillan Press LTD, 1989.

    +WILLEQUET, J., « La Belgique et la Deuxième Guerre mondiale, orientations bibliographiques », in Bücherschau der WKB, Weltkriegsbücherei, 1955, pp. 239-247.

    +WILLEQUET, J., La Belgique sous la botte : résistances et collaborations 1940-1945, Paris, P.U.F, 1986.

    Périodiques et articles de journaux

    +ALEXANDRE, A., BECQUART, F., & CAROZZO S., Le vent de la liberté, Stavelot, Chauveheid, 1994, 4 vol (catalogue de l’exposition organisée à Welkenraedt dans le cadre du 50e anniversaire de la Libération).

    + Cahiers R.T.B., 1923-1973, La radio belge a 50 ans, Bruxelles, Fostier-RTB, 1973.

    +DUJARDIN, J., « La radio en temps de guerre » in DUJARDIN, J., RYMENANS, L., & GOTOVITCH, L., Inventaire de la presse clandestine (1940-1944) conservée en Belgique, Bruxelles, Archives générales du Royaume, Centre national d’Histoire des Deux Guerres mondiales, 1966.

    +DUJARDIN, J., « Inventaire des publications périodiques clandestines (1940-1944) de la province de Liège », in Cahiers d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Bruxelles, 1967, T.I, p. 34-95.

    +GOTOVITCH, J., Archives des partisans armés ; inventaires, Bruxelles, Centre de recherches et d’études historique de la seconde guerre mondiale, 1974.

    +HANKARD, M., « La radio en Belgique à travers cinquante ans d’existence » in Cahiers R.T.B., La radio hier et aujourd’hui, Bruxelles, R.T.B., 1973, pp. 5-35.

    +JESPERS, J-J., « L’information en emballage perdu » in Cahiers R.T.B., La radio hier et aujourd’hui, Bruxelles, R.T.B., 1973, pp. 61-63.

    +LEVY, P. M-G., « Il y a 30 ans naissait le V » in Le Soir, 7/12/1971.

    +LEVY, P. M-G., « Les conditions de paix de la radio nazie » in Cahiers d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles, n°27, 1980, pp. 5-20.

    +LEVY, P. M-G., « Un monument ixellois peu connu : La radio honore ses morts au combat » in Mémoire d’Ixelles, Ixelles, n°35, sept 89, pp. 7-9.

    +LHOEST, H., « Radio 73 : tendances en Europe » in Cahiers R.T.B., La radio hier et aujourd’hui, Bruxelles, R.T.B., 1973, pp. 38-60.

    +LHOIR, G., « La mission Samoyède, précieuses retombées à Bruxelles » in Le point d’interrogation, Bruxelles, R.T.B., IV/1985, pp. 19-21.

    +MATHIAS Th. & MILO Th., « Evolution du public de la radio de novembre 1969 à septembre 1972 » in Cahiers R.T.B., La radio hier et aujourd’hui, Bruxelles, R.T.B., 1973, pp. 116-133.

    +Moniteur belge, n°24, Londres, 13 novembre 1942, pp. 476-477.

    +STERNBERG B. & SULLEROT E., Aspects sociaux de la Radio et de la Télévision, Paris-La Haye, Cahiers de la R.T.B., Mouton & Co., 1966.

    +« Théo Fleischman, qui créa en 1926, sur Radio Belgique, le premier journal parlé dans le monde, est mort à 86 ans » in La Lanterne, 5/03/1979.

    +UGEUX, W., Aspect divers de la psychologie du résistant belge 1940-1945, Revue Internationale d’Histoire militaire, Bruxelles, 1970, n°29, pp. 963-972.

    +UGEUX, W., « Les réseaux belges de renseignements » in Clio, La Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, Liège, C. de la Pédagogie de l’histoire et des sciences de l’homme, 1978, pp. 22-31.

    + « Un chef de la R.N.B. » in L’écho de la Belgique, 15 et 22 septembre 1945.

    +VANWELKENHUYZEN, J., La libération de la Belgique. Quelques aspects des opérations militaires, Bruxelles, Revue belge d’Histoire militaire, XII-1984, pp. 725-758.

    +WILLEQUET, J., Regards sur la politique belge d’indépendance 1936-1940, Bruxelles, Revue d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, n°31, VII-1958, pp. 3-11.

    +Vive la radio, Bruxelles, Crédit Communal de Belgique avec la collaboration de la RTBF, BRT et communauté radiophonique des Programmes de langue françaises. (Catalogue de l’exposition qui s’est tenue à Bruxelles du 21/11/80 au 4/01/81).

    Sites Internet

    whttp ://www.alpcom.it/hamradio/ [l’histoire de la radiodiffusion].

    whttp ://www.ontheair.com/ [pour trouver et écouter des stations du monde entier].

    whttp ://massena.univmlv.fr/~lhullier/radio/guide.html [une page personnelle consacrée à la radio].




NOTE :
(53)
Une liste exhaustive des documents consultés nous paraît impossible à donner : chaque dossier consulté comporte plus d’une centaine de documents d’archives (correspondance, ordres de mission, rapports de mission, etc.)


Textes extraits du Mémoire (1998) de Mme Agnès DENOËL
"LA RADIO EN GUERRE"
SON ROLE DANS LA LIBERATION
A TRAVERS LA MISSION SAMOYÈDE

2005/11/24

M.S. 7-8 : Conclusion

La radio est un média essentiel dans la lutte pour la liberté.

Relevons le rôle politique de la radio dans le déroulement des hostilités de la Seconde Guerre mondiale. Outre le cas particulier de la mission Samoyède, nous voudrions développer un certain nombre de « cas » radiophoniques que nous devons nous borner à évoquer.

La radio joue, en effet, un rôle éminent dans le second conflit mondial qui est symboliquement encadré par deux anecdotes radiophoniques. Elle est déjà au centre des « causes » immédiates de la déclaration de guerre, et ceci, de manière tout à fait intentionnelle. Le 31 août 1939, en simulant l’assaut d’une station allemande - Radio Gleiwitz (aujourd'hui Gliwice, en Pologne) - en Haute-Silésie, par de faux soldats polonais défiant les Allemands sur leurs ondes, les nazis forgent de toutes pièces un prétexte pour déclencher les hostilités. L’opération, intentionnellement signée, est un coup monté. Elle est l’œuvre du Sicherheitsdienst, le service de renseignement du parti nazi. L’affaire n’est d’ailleurs réussie qu’à moitié puisque le message de défi des soi-disant Polonais devait être relayé par Radio-Bresleau (aujourd'hui Wroclaw, en Pologne). La connexion n’a pas été établie. Le prétendu bulletin n’a été entendu que localement. Mais la parade était prévue. Vers 22h30, la radio allemande a propagé la nouvelle d’un coup de main polonais contre l’émetteur de Gleiwitz. L’invasion de la Pologne est effective le lendemain même de cette opération ultra-secrète, dont la réalité ne fut connue qu’après le conflit. Six ans plus tard, la radio sert à clore les hostilités. Le 15 août 1945, l’empereur du Japon, Hiro-Hito, s’adresse par les ondes à ses compatriotes pour annoncer la défaite et la nécessaire capitulation. C’était la première fois que les Japonais entendaient la voix de leur empereur.

Le rôle politique de la radio œuvre à tous les niveaux durant le conflit même. Sa place acquise et consolidée par les événements, est considérable. Alors que le système traditionnel d’information de la presse écrite est bouleversé, elle affirme sa fonction de média d’information - bien qu’elle serve autant à celle-ci qu’à la désinformation - en temps de crise. Il est d’ailleurs significatif qu’avant même d’avoir constitué un gouvernement ou avant même d’avoir instauré une Autorité d’occupation, les stratèges de la guerre nouvelle se soient souciés d’occuper les ondes et de parler à la place de ceux auxquels ils avaient imposé le silence.

La communication de masse, devient, un moyen de réduire la force potentielle d’un adversaire. Elle est dans le même temps un moyen de rallier tout ou partie du corps social que l’on agresse à une conception sociale ou philosophique qui réduit sensiblement la capacité de résistance ou de victoire de l’adversaire. La Deuxième Guerre mondiale dans ses préparatifs comme dans son déroulement va montrer l’ampleur de cette mutation. La communication fait désormais partie intégrante de l’art de la guerre (cfr note 50). L’usage de la radio est le fait de toutes les parties : les Allemands prolongent l’action engagée depuis 1933 ; la B.B.C. se convertit en une station internationale au service de la lutte antinazie ; les Etats-Unis se dotent, aux mêmes fins, de leurs premières stations publiques ; la Belgique s’organise elle aussi. Elle pense même à sa future résurrection.

En effet, comme nous l’avons déjà dit précédemment, le gouvernement belge à Londres, pour assurer un contact radiophonique avec la population le jour de la Libération, ne dispose plus de ses installations radiophoniques sur son territoire. Les autorités belges ne peuvent évidemment pas compter sur la prise de possession de la station radiophonique allemande émettant sous le sigle de Sender Brüssel. Mobiles, ces émetteurs se retireront sans aucun doute en même temps que leurs propriétaires. Il est prévisible également que la presse, le téléphone, le télégraphe seront désorganisés... Les circuits traditionnels locaux d’information disparus, le gouvernement ne peut compter que sur la radio pour rétablir le dialogue avec la nation, seul moyen rapide de communication.

Dès lors il apparaît nécessaire d’envisager la mise sur pied de la mission Samoyède. Du point de vue militaire, ces stations d’émission pourraient être utiles pour donner des directives à la population au cours des opérations de la Libération que les autorités prévoient en plusieurs temps. Les émetteurs Samoyède seront donc appelés à jouer un rôle de première importance en portant à la connaissance du public les ordres et communiqués, en prévenant les vengeances personnelles, les pillages et en dirigeant positivement la mentalité de la population vers l’ordre, la discipline et le travail.

La mission Samoyède permet la renaissance de la radio dès septembre 44, autorisant par là l’émergence de sa mission éminemment politique pour l’ensemble des Belges. Mais si elle réalise cet exploit, c’est bien sûr aussi par l’intermédiaire des ordres qu’elle reçoit de Londres via ce même média. Il convient ainsi de souligner que le plus souvent, au sein même d’une mission clandestine de renseignement ou de lutte armée, l’utilisation d’émetteurs clandestins - que les Allemands apprenaient à détecter grâce à la radiogoniométrie - et la diffusion des messages codés, quelque peu surréalistes, informent les combattants de l’ombre : au fil des mois, malgré la menace allemande, les opérateurs radios de la Résistance, familièrement appelés « pianistes » communiquent de plus en plus régulièrement avec Londres. Grâce à eux, la B.B.C. dispose d’une information remarquable et peut condamner avec précision les atrocités de l’ordre nazi.

A` l’issue de la guerre, si l’on ne rêve plus de la radio, on ne peut méconnaître désormais ses pouvoirs et sa nécessité : pour le pire et le meilleur, elle a été consacrée par les événements. Sa mission politique ou stratégique ne s’éteint pas avec la Seconde Guerre mondiale. Cette fonction reste présente et sera par exemple, tout au contraire, fortement réactivée dans la guerre froide qui opposa rapidement les Alliés d’hier.

Un quart de siècle après la capitulation japonaise, les guerres de décolonisation, les belligérances subversives et les conflits du Moyen-Orient confirment que désormais il n’est plus d’opérations militaires sans communication de masse. Au point que dans la guerre contemporaine, saboter le réseau de communications de l’adversaire est devenu le souci primordial.

La chose paraît indéniable : aujourd’hui, les moyens de communication sociale font et défont la guerre. Les « gros bataillons » sont vulnérables aux petits transistors. L’homme auquel l’état-major militaire et les dirigeants politiques de son pays donnent des ordres qui comportent pour lui l’acceptation d’un risque vital est désormais un personnage préconditionné, un être complexe qui n’entend pas abdiquer son droit à raisonner et dans le raisonnement duquel une large part d’information venue de l’« ennemi » joue un rôle considérable. La paix passe comme la guerre par les moyens d’information de masse (cfr note 51).

A` travers la mission Samoyède, cette étude a tenté de mettre au jour l’importance et l’influence de la radio dans la lutte d’un peuple pour sa libération.

Samoyède représente l’un des symboles les plus brillants de la Résistance radiophonique en Belgique. Ses émetteurs étaient prévus pour émettre en zone libérée à destination du public : ils devaient permettre de rétablir le contact avec la population en fonction de l’avancement des troupes alliées sur notre territoire. Des camionnettes Stentor devaient même pallier les éventuelles défectuosités de l’émetteur bruxellois en communiquant par haut-parleurs les consignes adéquates à la population. Ce ne sera même pas nécessaire.

Plusieurs raisons, nous l’avons vu, imposent la mise sur pied d’une telle opération. Le gouvernement belge ne voulait en aucun cas dépendre de la bonne volonté des Alliés pour transmettre ses communiqués. Ses postes régionaux devaient satisfaire le besoin de proximité de la population avide de nouvelles. Une radio belge pour les Belges depuis le sol belge fraîchement libéré devait renforcer l’idéal de citoyenneté des civils. Mais la libération « éclair » de la Belgique par les Alliés estompera néanmoins les effets de cette mission. Le gouvernement, prédisant une résistance allemande acharnée, rendait prioritaire la diffusion de consignes de sécurité, de conseils spécifiques à chaque région. Rendu presque inutile par les rapides opérations militaires, les émetteurs de la R.N.B. n’eurent pas le rayonnement régional escompté et seront très vite relayés par Bruxelles. Ils permettront néanmoins ce que leurs voisins fraîchement libérés n’eurent pas la capacité de réaliser : disposer de moyens de transmission officiels rapides et efficaces.

Saumâtre, le constat s’impose pourtant aujourd’hui : parmi les média, la radio, en cette fin de siècle, figure toujours loin derrière la presse et la télévision. Même si elle garde une place importante dans notre société, elle n’occupe plus la place prédominante qu’elle connut dès sa création. Pourquoi pareille relégation ?

Rappelons ce qu’elle fut, autrefois, pour le pire, plus aisément que de ce qu’elle a fait, et continue à faire, souvent, pour le meilleur ? Si elle fut au service de la cruauté nazie, elle fut également et surtout de toutes les luttes pour la liberté : le 18 juin 1940 ; en 1944, le 4 septembre à Bruxelles, le 5 à Tamines et les jours qui suivirent aux quatre coins de la Belgique ; à deux reprises, en 1961 et 1962, pendant la guerre d’Algérie ; en 1968 en Europe ; en 1992 en Yougoslavie, etc.

Enjeu essentiel de pouvoir, symbole de souveraineté pour les plus petits Etats comme pour les plus grandes puissances, arme toujours vivace dans les rébellions du tiers monde, la radio reste à la fois cet outil de communication mondiale dont rêvaient les pionniers de la T.S.F. et cette compagne familière dont Bertolt Brecht écrivait :

Petite boîte que j’ai serrée contre moi dans ma fuite
Pour que tes soupapes ne se brisent point,
Transportée de maison en bateau et de bateau en train
Pour que mes ennemis puissent continuer,
Près de mon lit, à ma douleur
Jusqu’au seuil de la nuit et dès mon réveil,
De me parler de leurs victoires et de mes misères,
Promets-moi de ne pas devenir muette tout d’un coup.


En évoquant la radio, nous ne pourrions conclure sans rappeler les intuitions de Mc Luhan : la radio lui apparaissait alors comme le dernier représentant d’une pensée « linéaire » et totalitaire, tandis que la télévision nous ouvrirait toutes grandes les portes du village planétaire.

Autant de stéréotypes à écarter. Evoquons juste quelques uns des avantages inégalables de la radio : son coût modique, sa souplesse, son accessibilité, sa mobilité, sa capacité d’adaptation aux innovations, etc. En 1896, la première liaison T.S.F. était réalisée par Marconi sur 3 km, au large de l’Angleterre. Plus d’un siècle plus tard, nous ne pouvons que nous rendre compte de la complétude de ce média. Plus encore aujourd’hui qu’hier, elle est une refuge et une espoir.

Un refuge pour les déçus de la télévision, parce qu’elle est plus proche de tous les publics, parce qu’elle est plus aisément accessible, partout, parce qu’elle est sait mieux que d’autres médias, qui sont moins discrets, échapper quand il le faut à la vigilance des censeurs et à la frénésie des réglementations.

La radio représente aussi un espoir : n’est-elle pas, en effet, plus accueillante pour les « mandarins », ceux qui recherchent le sens, qui tirent la société vers le haut, qu’il s’agisse des savants, des artistes, des créateurs ou de ceux qui agissent en direction du bien commun ? Dans l’imagination et la création, la radio a toujours su trouver son royaume et son triomphe. Puisse-t-elle, une fois encore, à la veille de l’an 2000, indiquer le chemin de la liberté aux autres médias : comme en 1940, 1944, 1968 ou 1992 (cfr note 52).

NOTES :
(50)
Ugeux, W., op cit., pp. 112-113.
(51)
Ugeux, op cit., pp. 123-124.
(52)
Bamberger, M., La radio en France et en Europe, Paris, PUF, 1997, p. 5.

Textes extraits du Mémoire (1998) de Mme Agnès DENOËL
"LA RADIO EN GUERRE"
SON ROLE DANS LA LIBERATION
A TRAVERS LA MISSION SAMOYÈDE

2005/11/23

M.S. 6-8 : La Mission Samoyède à Tamines

Par nécessité, afin de mieux se préserver des coups trop meurtriers de la Geheime Feldpolizei, seuls des liens ténus et souvent compliqués pouvaient unir les différentes sections d’un même groupement national de résistance. C’est ainsi qu’un Samoyède, collaborant au montage du poste de Bruxelles, ignore comment d’autres Belges, à tel endroit de la Province, en Flandre ou en Wallonie, se démènent, jouent d’astuces, courent de grands risques, pour que la population de la région puisse, aussitôt libérée, rétablir le contact avec le reste du pays. Chaque poste régional de la mission a donc son histoire. (cfr note 35)

NOTE :
(35)
Chapitre rédigé avec l’appui de :
- Archives personnelles de Monsieur Georges Hubert.
- Documents préparatoires aux émissions Jours de Libération, R.T.B.F.-Chareleroi.
- Hubert, G., Namur en images 1939-1945, Namur, Edico, 1991, pp.179-188.
- Interview de Monsieur Georges Hubert réalisée à Namur en date du 7 janvier 1998.
- La « téhessef »... face à la guerre des ondes (reconstitution sonore réalisée par Georges Hubert le 5 septembre 1994 sur l’antenne de la R.T.B.F.-Namur, lors des manifestations commémoratives de la Libération).
- Lhoir, G., La mission Samoyède : les maquisards de la radio nationale belge 1940-1945, Bruxelles, Hatier, 1984, pp. 159-168.
- Papiers personnels de Messieurs Bruyère, Landrain , Michel et Ugeux consignés par le C.E.R.H.S.G.M. (rapports de mission, témoignages, feuilles de route, etc.)
- Petit, L., Histoire(s) et présence(s) de la R.T.B.F. en Namur-Luxembourg-Brabant wallon, Namur, Radio-Télévision-Culture asbl, 1998, pp.14-26 ; 38-42.
- Vanwelkenhuyzen, J., La libération de la Belgique. Quelques aspects des opérations militaires, Bruxelles, Revue belge d’Histoire militaire, XII-1984, pp. 725-758.


1. - La revanche d’un peuple meurtri

Tamines, en Basse-Sambre, fut bel et bien le siège du poste clandestin namurois de la Résistance. En effet, sur le site de Namur même, où aurait pu s’exécuter la mission Samoyède, les chances de réussite eussent été moins grandes : en raison tout d’abord des difficultés que le bourgmestre Huart avait déjà connues avec l’occupant, la sécurité de toute une ville devenait difficile à assurer ; pour des raisons techniques d’une bonne diffusion ensuite. Tamines par ailleurs, est devenu depuis la Grande Guerre un noyau actif de Résistance. La plupart des habitants sont prêts à prendre une revanche sur la tragédie des 21, 22 et 23 août 1914, lorsque, à l’occasion du passage de la Sambre par des troupes du 10e corps de la IIe armée allemande, plus de 380 civils furent massacrés.


2. - Un poste sous bonne garde

Après plusieurs rencontres secrètes à Namur entre François Landrain, Pierre Clerdent (qui allait devenir Président du Conseil national de la Résistance) et Edmond Gravier (Chef provincial de l’Armée de la Libération), la création du poste en région namuroise est envisagée.

Edmond Gravier contacte Edgard Maréchal, journaliste à la Cité Nouvelle avant la guerre. Le but de sa visite est de convaincre l’ancien reporter de collaborer, en qualité de chef de mission, à l’établissement d’un émetteur clandestin appelé à fonctionner dès la Libération. Mais Edgard Maréchal est membre du groupe Marc, un service de renseignements qui se réclame de l’I.S. (Intelligence Service). Il connaît bien Edmond Gravier et ne doute pas de ses sentiments patriotiques mais il estime qu’il est malsain, pour un réseau de résistance, de porter préjudice à un autre. Il manifeste donc le désir de prendre l’avis de ses supérieurs. Edmond Gravier reçoit une réponse affirmative huit jours plus tard. Il est convenu qu’une nouvelle entrevue aurait lieu le mois suivant en présence de celui que Gravier qualifie de Chef technique : un certain Monsieur François.

Pendant ce délai, Edmond Gravier se met en rapport avec Franz Gillard, chef de groupe de l’Armée de la Libération à Tamines, dans le souci de trouver un technicien sur place. Gillard sonde Joseph Detraux, sous-chef de gare à Tamines, qu’il sait membre d’un réseau de renseignements. Ce dernier avance, sous réserve d’approbation de l’intéressé, le nom de Gaston Bruyère, contremaître adjoint à la gare de Tamines et membre du même réseau. Bruyère accepte d’intégrer l’équipe, étant entendu que son rôle se bornerait à fournir le courant électrique indispensable, le poste devant arriver monté.

Un mois plus tard, à l’hôtel Ambassador à Namur, François Landrain transmet au groupe nouvellement formé les instructions générales. Il est de plus bien précisé que l’émetteur n’entrera en service qu’au moment de la Libération. Pas question de prendre le moindre risque de repérage. Il s’agit d’un émetteur fixe, encombrant, qu’il ne sera d’ailleurs pas facile d’acheminer sous le manteau vers Tamines. Il doit servir de courroie de transmission, en temps voulu uniquement, aux informations du gouvernement belge et du Commandement des Alliés. Les choses sont donc claires pour tout le monde.

Peu de temps après cette réunion, MM. Gravier et Maréchal se rendent à Tamines où ils trouvent MM. Bruyère et Gillard. Des brassards verts, au signe du chemin de fer leur sont remis afin de circuler dans la gare sans trop attirer l’attention. Les quatre hommes visitent la salle des machines électriques de la station. Les possibilités de fourniture du courant sont étudiées à cette occasion. Ainsi, dès le début, l’audace prévaut dans l’entreprise. Comme lieu de délibérations est choisi le bureau de Bruyère, un local situé au dessous de la cabine 67 (la sous-station électrique) de la station de chemin de fer de Tamines, elle-même placée sous la garde des rexistes. Avec une telle protection, la tranquillité est assurée.

Les prospections à la sous-station électrique en vue de l’alimentation du futur émetteur ainsi que les premiers travaux d’installation de l’antenne, seront d’ailleurs réalisés au vu de l’occupant, grâce au brassard vert des cheminots, authentifié par le cachet violet de la Deutsche Wehrmacht. Mais les Allemands ne se méfient-ils pas ? Et non, au contraire. Ils se félicitent de la prévoyance de ces cheminots qui fabriquent des pièces (soi-disant de rechange) et effectuent des travaux... en vue de parer à un sabotage éventuel de la cabine !

Gaston Bruyère constate tout de suite que son rôle ne consistera pas seulement à fournir le courant et à assurer la marche du poste. Le matériel qu’il reçoit n’est pas assemblé. Quoique connaissant la partie, il n’a jamais monté de poste semblable. Il lui est donc nécessaire de s’adjoindre un technicien en la matière. Il entre dès lors en contact avec Max Michel de Tamines à qui il expose, après les circonlocutions dictées par la prudence, ce qu’il attend de lui. Max Michel accepte. Bruyère fait à cette occasion coup double puisque Victor, frère de Max, rejoint à son tour les « conspirateurs ». Victor est lui aussi d’une aide précieuse à la mission étant donné qu’il possède une certaine formation en matière radiophonique.

Le problème de l’emplacement reste à résoudre. La raison pour laquelle Tamines est choisie comme centre des émissions, résulte de sa localisation à proximité de la gare. On songe tout d’abord à un wagon télégraphe se trouvant sur une voie isolée. Même le chef de station de Tamines est d’accord. Mais pour des raisons d’ordre pratique, cette idée est rejetée. Des démarches sont dès lors entreprises pour louer une petite maison située presque en face du bâtiment de la gare, sous prétexte d’y loger un réfugié. Le propriétaire refuse. Gaston Bruyère s’adresse alors à une personne très dévouée, sérieuse et prudente, sans lui révéler de quoi il s’agit avec exactitude. Elle accepte tout d’abord, mais le lendemain revient sur sa décision.

L’émetteur, provisoirement installé rue Cadastre à Tamines, doit bientôt être déménagé car l’installation du câble électrique d’alimentation qui en cours de route entre dans l’égout de la ville, suscite un intérêt plutôt gênant. Il n’y a en conséquence pas de temps à perdre, le départ s’impose.

Démonté et emballé, l’émetteur est transporté rue du Pont où l’attend un logis plus sûr. Plus sûr, mais pas définitif, car, à quelques jours de là, une indiscrétion rend indispensable un nouveau déménagement. On songe, cette fois, à l’installation au dessus du bureau du chef de gare allemand.

Le poste trouve alors refuge dans un wagon immobilisé depuis des mois dans le faisceau aboutissant au pont de chemin de fer de la rue du Roi Albert. Mais l’annonce du bombardement de la ligne ferroviaire doit bientôt l’amener rue de la Passerelle, n°10, au domicile de Gaston Bruyère, lui aussi à proximité des chemins de fer. La disposition des pièces du rez-de-chaussée de la maison qu’il occupe lui suggère la construction d’un mur de 9 m2 derrière lequel le matériel pourra être dissimulé. Ainsi, une chambre secrète est spécialement aménagée pour recevoir le poste.

Cette « chambre-abri », est aménagée dans le fond d’une buanderie : le mur construit par Bruyère en fait une nouvelle pièce large d’1 mètre, profonde d’1m50 et haute de près de 2 mètres. On y accède par une ouverture de la cave large de 30 cm sur 50, percée dans le mur primitif et dissimulée derrière une cloison où se disposent casseroles, bouteilles et pots d’une ménagère, tout à fait ignorante de la cachette et, partant, de son précieux contenu. « Pour entrer dans cette pièce, il fallait d’abord entrer dans la cave, s’appuyer sur les marches de la cave avec les deux mains en arrière et par la force des bras entrer à l’intérieur de la pièce. Et à partir de ce moment-là, on baissait une petite couverture. La porte de la cave se refermait et l’émetteur était caché. On était tout à fait en sécurité » se souvient Georges Hubert (cfr note 36).

Une fois la cache trouvée et aménagée, Gaston Bruyère s’attelle à la réalisation, sur les indications de François Landrain, de l’étage basse fréquence de l’émetteur, avant la future mise au point par Max Michel. Il entreprend également plusieurs voyages à Bruxelles pour l’obtention de pièces détachées (notamment les transfos 110/220 volts, les self de filtrage, Master, etc.), et se rend ensuite à Houdeng pour prendre livraison de l’étage final, construit par Louis Roland. Il faut encore le transporter à Tamines : le colis est enregistré en gare et parvient à destination à bord d’un wagon de marchandises. Le problème de l’alimentation électrique a été réglé, mais il faut aussi prévoir, comme ailleurs, une alimentation autonome. Une batterie de piles sèches est installée, mais François Landrain ne veut pas entendre parler de celles-ci. Il leur faut coûte que coûte se débrouiller pour dénicher des accus. Victor Michel, est chargé d’en trouver. Il se rend alors à Bruxelles et trouve un commerçant qui se propose de les lui vendre moyennant fourniture de 40 kg de plomb. Après les avoir réuni avec beaucoup de difficultés, Victor Michel et Gaston Bruyère vont chercher les batteries nécessaires. Le montage final peut dès lors commencer. Celui-ci se fait en plusieurs temps par les frères Michel essentiellement, aidés en cela par Gaston Bruyère, au 10 rue de la Passerelle ainsi que dans les dépendances du chemin de fer. Il n’est pas sans intérêt de préciser que les Allemands visitent le local de la gare à plusieurs reprises : le matériel sous les yeux, ces derniers ne se doutent pas le moins du monde qu’ils ont affaire au poste de Radiodiffusion en cours de montage. A` maintes occasions, des parties du poste sont également transportées chez les frères Michel pour mises au point et essais.

Pour s’attirer les bonnes grâces des Allemands et distraire leur attention, Bruyère se met en rapport avec eux, s’occupant de leur poste récepteur de T.S.F. Il leur fait remarquer qu’une antenne leur serait nécessaire pour une meilleure réception : la multiplication des sabotages des voies ferrées les empêche, en effet, de capter clairement la voix du Grand Reich. L’excuse est ainsi trouvée pour justifier l’emploi d’un poteau bien dégagé, suffisamment haut pour capter les signaux de Berlin. Ce poteau que les Allemands utilisent pour leur réseau téléphonique, planté sur le talus à 40 mètres de la gare, face au bureau de Herr Hauptman - Commandant de la gare -, sert d’attache pour l’antenne de l’émetteur Samoyède. Il permettra de la sorte à l’émetteur clandestin d’élargir son champ de diffusion.

NOTE :
(36)
Interview de Monsieur Georges Hubert réalisée à Namur en date du 7 janvier 1998 (voir aussi : la photo de l’entrée secrète du poste clandestin).


3. - Premier souffle de liberté sur un air de Gounod

Les instructions imposent à présent le choix d’une longueur d’onde entre 200 et 300 mètres. Les bobinages doivent être conçus en conséquence. Le choix se porte sur 295 mètres (cfr note 37).

L’émetteur est prêt avant Pâques 44. La tentation d’émettre l’emporte sur l’interdiction formelle de François Landrain : trois essais ont lieu pendant la guerre. Tamines est le seul poste Samoyède à réaliser ce dangereux exploit. Les agents namurois, conscients du danger mais envahis par l’euphorie, émettent à trois reprises et cela sous la neutralité affichée de l’Ave Maria de Gounod - qui devint leur indicatif de guerre -. La musique religieuse diffusée doit ainsi éviter d’attirer l’attention des centres de repérages allemands. Ces essais ont lieu à une heure convenue avec des auditeurs choisis pour tester les résultats d’écoute : les Soeurs de la Providence, Melle Pourbaix, Messieurs Morlet, Duculot et Detraux. Ceux-ci ignorent l’emplacement du poste. De plus, Gaston Bruyère se met d’accord avec Louis Roland du poste de Houdeng, dans le souci de tester la distance. Si l’écoute est bonne, M. Roland enverra à M. Bruyère une carte postale conçue à peu près en ces termes : « J’ai bien reçu les 200 à 300 g. de tabacs [suivant la longueur d’onde que celui-ci captera à l’heure précise de la diffusion], il est d’excellente qualité, etc. » (cfr note 38). Louis Roland s’exécute. La réception est donc satisfaisante au loin. Bien que construit avec du matériel hétéroclite et pas toujours de premier ordre, l’émetteur développe la puissance, déjà respectable, de 75 kW, suffisante pour annoncer à tout le Namurois et même au-delà, l’heureuse nouvelle de la Libération.

Avril, mai 1944, les Alliés intensifient leurs bombardements sur les objectifs militaires tant en Allemagne que dans les pays occupés. L’emplacement du poste n’est pas d’une sécurité absolue. En effet, la maison occupée par Gaston Bruyère est en bordure de la gare de Tamines. On peut donc en craindre la destruction : fort heureusement, elle n’est pas atteinte par les bombes. Cette éventualité fait pourtant envisager le transfert provisoire du poste à Fosses où M. Maréchal garantit un local ad hoc. Mais ce projet est vite abandonné : le poste est déjà muré.
M. Maréchal qui, comme nous l’avons dit, appartenait à un service de renseignements, quitte Floreffe peu avant Pâques : une certaine surveillance paraît être exercée autour de sa maison. Il déménage dès lors chez sa sœur à Profondeville. C’est là que François Landrain vient un jour le trouver et lui donne l’ordre de s’adjoindre un second. Entre-temps, Bruyère informe Maréchal que la gare de Tamines est sous l’étroite surveillance de la Gestapo à cause de nombreux actes de sabotage. Comme c’était en gare de Tamines que ces deux messieurs se rencontraient le plus souvent, il fallait être prudent. Dans ces conditions, un intermédiaire devient nécessaire entre eux. Georges Hubert est chargé de ce rôle.

Chef de service à la C.N.A.A. (cfr note 39), Georges Hubert intègre de plus en plus le réseau Samoyède et devient progressivement l’adjoint et souvent, peu avant Pâques 44, le remplaçant d’Edgard Maréchal, installé à Profondeville. Muni d’un laissez-passer de la C.N.A.A. ainsi qu’un autre de la Kommandatur, cet honnête homme ne peut éveiller le moindre soupçon. Il a donc le libre parcours sur les 26 communes du canton de Fosses dont il est le Chef de service pour les livraisons de bétail. Il aide depuis longtemps déjà, au mieux de ses moyens, tous ceux qui luttent contre l’occupant, sans distinction de groupes, de mouvements. Il est tenu pour un homme très précieux pour bien des dirigeants de groupements de résistance.

Georges Hubert habite Jemeppe-sur-Sambre ; il lui est donc possible de se rendre à Tamines à vélo, directement au domicile de Bruyère en dehors des heures de présence de celui-ci à la gare. Grâce à cet indispensable intermédiaire, la contact reste établi entre Edgard Maréchal et le reste des agents. De sa « retraite », Edgard Maréchal communique par courrier avec Georges Hubert via une boîte établie à Fosses. Et ce dernier fait régulièrement la navette entre cette boîte et Tamines. Georges Hubert assure ainsi les liaisons, véhiculant à l’occasion des disques pris à Bruxelles, des éléments de pick-up provenant de Namur mais s’occupe surtout du ravitaillement des agents du poste clandestin de Tamines pendant les heures critiques. Il se dévoue et prépare l’enlèvement de la machine à écrire de la Corporation.

Juin 44, Gravier apporte à Maréchal une lettre, au chiffre de la R.N.B., en français et en anglais, habilitant ce dernier comme responsable du poste de Tamines et demandant l’aide éventuelle des autorités belges et alliées. Maréchal habite toujours Profondeville et Landrain reste toujours en contact avec les constructeurs à qui il donne des mots de passe. C’est ainsi que Georges Kuhn se présente chez Bruyère vers le mois de juillet 1944. Le premier s’installe dans les environs et reste en rapport étroit avec le second.

NOTES :
(37)
Les Samoyèdes ne se doutent pas à cet instant que quelques jours avant la Libération, ils recevront un cristal de quartz, prévu pour une longueur d’onde de 200 m, ce qui obligera les techniciens à de nouveaux changements
(38)
Papiers personnels de Gaston Bruyère (document d’archives).
(39)
La Corporation nationale de l’Agriculture et de l’Alimentation est l’un des organismes officiels de ravitaillement sous l’Occupation.


4. - L’heure pour Georges Kuhn de reprendre le micro

Le 8 juin 1944, Radio-Belgique émet sur les antennes de la B.B.C. : « Le roi Salomon a mis ses gros sabots. » Ainsi, le signal de mobilisation est donné aux groupes de résistants belges, préparés de longue date à la grande mission de sabotage. Jour après jour, sur une carte clandestine, on épingle les opérations militaires. Les fortifications du Mur de l’Atlantique s’effondrent, les troupes alliées accentuent leur avance et libèrent les villes et les villages français de plus en plus rapidement. Nous attendons nos libérateurs. Mais les journées d’attente sont longues, angoissantes et remplies d’émotion de toutes sortes. (cfr note 40) Les Samoyèdes, satisfaits et confiants, attendent patiemment le grand jour, lorsqu’ils apprennent à la veille de la libération de la ville que des maquisards étrangers, afin d’entraver la circulation ferroviaire allemande, se disposent à faire sauter la sous-station électrique, seule source du courant alternatif indispensable à l’émetteur. Heureusement, ce sabotage qui, en quelques secondes, aurait rendu inutile le travail de tant de mois, peut être empêché.

Les opérations se précipitent, le secret s’élargit et Kuhn rejoint au poste R.N.B. à Tamines l’équipe Samoyède élargie des membres Duculot, Morlet, Delvigne et Lambotte. Les agents passent la dernière nuit d’Occupation debout, en alerte et en armes, prêts à marcher. Le poste de radio et la sous-station électrique fournissant le courant sont également protégés par des armes recueillies dès le début de la guerre par Bruyère et cachées jusque là chez lui. Du 2 au 5 septembre 1944, des agents de la mission Samoyède et de l’Armée de la Libération, mitraillette au bras, gardent en permanence la sous-station électrique et la maison recelant l’émetteur. Le mardi matin, la bataille commence entre les patriotes belges et les Allemands. L’ennemi est chassé du voisinage du poste : les environs de la station d’émission sont affranchis, le raccordement à la sous-station électrique est réalisé à la vitesse de l’éclair, de même que l’installation de l’antenne en haut du mât qui ne recevra plus dès cet instant la voix du Grand Reich...

Mais tout ne va pas sans ennuis. Un ennemi sournois va se révéler être l’humidité dégagée par le mur nouvellement construit. Pour le combattre, un réchaud d’1 kW fonctionne jour et nuit. Cela ne suffit pas : le 5 septembre, jour de la libération de Tamines, un transfo lâche en dernière minute, empêchant l’émission de 13h de démarrer.

Ainsi, à 18h, après cinq heures de travail acharné, alors que les canons tonnent encore dans les bois voisins, le journaliste Georges Kuhn s’installe au micro. C’est lui qui, le 10 mai 1940, à 4 heures du matin, avait eu la pénible mission d’annoncer l’invasion du pays sur l’antenne de la Radio nationale. Quatre ans après, c’est pour une toute autre nouvelle qu’il reprend l’antenne :

Allô, ... allô...

Ici, Radiodiffusion Nationale Belge, émetteur de la région de Namur. Vous entendez en ce moment, une émission de la Radiodiffusion Nationale Belge de la région de Namur sur la longueur d’ondes de 205 mètres. Cet émetteur a été préparé clandestinement pendant l’occupation allemande par une mission de guerre sur ordre du gouvernement belge et des autorités militaires en Grande-Bretagne, pour assurer un service de radiodiffusion dès le départ de l’occupant et établir un contact immédiat entre les autorités civiles et militaires de la population belge.

En suite (sic) d’un accord intervenu à Londres entre le gouvernement belge et le Commandement suprême allié, seuls les émetteurs de la Radiodiffusion Nationale Belge sont autorisés à fonctionner en territoire libéré.

Nous vous répétons que vous entendez en ce moment une émission de la Radiodiffusion Nationale Belge, de son émetteur pour la région de Namur. Nous émettons provisoirement sur la longueur d’ondes de 205m. (...)
(cfr note 41)

Pendant une heure, cette radio de la liberté diffusera des chansons d’avant-guerre et des marches militaires dont la Marche du 13ème de ligne, si chère aux Namurois. (cfr note 42)

Rapidement, les Belges se mettent à l’écoute. La veille déjà, quelques heures à peine après la libération de la capitale et le jour même à 13h30, une émission triomphante de la R.N.B. partait de la banlieue bruxelloise, annonçant à la population les longueurs d’ondes propres à chaque région :

Au fur et à mesure de l’avance foudroyante des troupes alliées sur le sol de notre Patrie, retentissent, l’un après l’autre, tel l’écho de la liberté retrouvée, les appels vibrants d’allégresse, des postes régionaux de la Radiodiffusion Nationale Belge. (...)

Ainsi se poursuit méthodiquement la réalisation d’un plan conçu et préparé sous l’Occupation en vue de donner éventuellement, le moment venu, une aide précieuse à la Résistance et d’établir en tout cas le contact, dès le départ de l’occupant, entre les autorités militaires et civiles et la population belge
. (cfr note 43)

A` Londres, Théo Fleischman a l’intense émotion d’entendre ainsi la voix d’André Guéry (cfr note 44). Tous les journaux des pays alliés l’ont écrit : aucun pays libéré n’a réussi à reprendre ses émissions nationales aussi promptement que la Belgique et à rendre, par la même occasion, d’importants services aux armées alliées.

NOTES :
(40)
La « téhessef »... face à la guerre des ondes.
(41)
Document d’archives non publié (voir photo de l’émetteur et textes de la première émission de Tamines).
(42)
Extrait du programme musical de Tamines le 5 septembre 1944
(43)
Document d'archives du 5 septembre 1944. Emission Samoyède de Bruxelles
(44)
Voir photo des annonce des fréquences des nouvelles émissions belges sur les ondes de la B.B.C. et texte de l’émission Samoyède de Bruxelles du 5 septembre 1944.


5. - L’information dans le feu de l’action

Ainsi, Tamines, ville martyre en 1914-1918, devint en 1940-1945 ville héroïque. Comme l’a déclaré le Ministre de la Justice le 16 septembre 1944 : « notre pays peut être fier de l’œuvre qu’ils [les agents Samoyède de Namur] ont signés de leur sang et de leurs souffrances. Grâce à la mission Samoyède, la voie de la patrie insoumise a pu, le bâillon à peine arraché, retentir à travers l’univers pour proclamer à tous, l’irréductible volonté de vivre d’un peuple indomptable. » (cfr note 45)

« Nous étions libérés, nous avions été jusqu’au bout, sans risques, sans disparitions. Nous étions dans la joie et directement plongés dans le travail » se souvient par ailleurs Georges Hubert. Avant d’émettre, nous devions nous mettre en rapport avec les Américains, ce que chacun de nous fit dans la fonction qu’il exerçait. Mais pour les Alliés, l’essentiel était de combattre, d’avancer (cfr note 46).

Avec l’aide des Alliés, les services techniques sont rapidement rééquipés. Chaque poste régional reçoit notamment deux émetteurs de 2 à 5 kW et des antennes qui donnent d’excellents résultats et font dès lors entendre leurs émissions. dans des zones non couvertes auparavant. Du côté des programmes, il faut suppléer aux destructions effectuées par les Allemands. Le Haut Commandement allié fournit 1800 disques et la B.B.C. des disques et des textes convenant particulièrement à l’ambiance de joie et d’euphorie dans laquelle la population se trouve plongée. Un service d’écoute est organisé, qui remet aux rédactions la transcription des nouvelles des postes étrangers et à la Sûreté de l’Etat celle des émissions des postes allemands. « Après quelques jours, l’organisation s’est faite, et en plus de ces informations étrangères et des informations régionales (dictées soit par le gouvernement provincial, soit par le Commissaire d’arrondissement ou éventuellement de la commune), nous recevions chaque jour grâce à une estafette anglaise, un pli Belga, en provenance directe de Bruxelles. C’était surtout ce que nous appelions les « mercuriales » : prix du chou-fleur, date d’arrivée des convois de ravitaillements, nature des timbres à utiliser à cette occasion, coupure de l’eau dans telle commune, etc. Nous annoncions également les communiqués gouvernementaux, les futures élections, etc. » nous confie Georges Hubert. « Les Américains, quant à eux ne nous donnaient rien à transmettre » poursuit-il (cfr note 47). Mais la R.N.B. a aussi pour mission impérative d’informer les compatriotes, encore en territoire occupé et en Allemagne, de l’évolution des combats.

A` Tamines, Georges Hubert se retrouve très vite le premier assistant de Georges Kuhn, journaliste I.N.R. en 1940 et dès juillet 44, nommé pour animer la station par les clandestins belges du Conseil d’administration de la R.N.B. (représenté par Jan Boon, Pierre Clerdent et Julien Kuypers). Programmation, sélection de disques, récolte des communiqués d’intérêt général, fiches de droits d’auteur : tel est le travail à présent quotidien de Georges Hubert. Mais Georges Kuhn, très vite débordé, ne voit pas d’un mauvais œil Georges Hubert au micro : « Occupe-toi des annonces et des désannonces », « et si tu lisais les communiqués ? », « et si tu animais aussi Le Point de Midi - une séquence de cinq minutes faite d’une nouvelle - ? ». Voilà l’administratif Georges Hubert devenu presque speaker comme il deviendra bientôt presque journaliste, tout en poursuivant ses tâches administratives.

Dès le mois d’octobre, l’équipe (huit personnes) avec son émetteur quittent leur « trou » et déménagent au 2e étage d’une maison de la Rue des Combattants à Tamines, dans des installations rudimentaires certes mais plus nettement stabilisées. C’est là que pendant quelques mois, artistes, conférenciers, orchestres, comédiens français et wallons se succèdent modestement, mais dans l’enthousiasme et la joie d’une liberté reconquise. Fin décembre, on prépare les caisses pour évacuer face à l’offensive von Rundstedt qui, on le sait, échoua finalement.

Dès juin 1945, les installations sont transférées (cfr note 48) vers des émetteurs plus puissants et plus modernes, aménagés dans des studios et des bureaux du 15, Avenue de Stassart à Namur, au grand désappointement des Taminois d’ailleurs ; bon nombre ont gardé en mémoire le message du jour prononcé par Théo Fleischman au concert de gala donné par le Grand Orchestre de la Radio Nationale Belge le 28 juin 1945 au Trianon : « Tamines est et restera le berceau de l’émetteur de Namur et c’est avec fierté que doit vibrer dans nos cœurs le souvenir du dévouement des Belges qui ont contribué à cette réalisation. » (cfr note 49)

De deux à trois heures d’émissions quotidiennes, la station passe de cinq à six heures. En 1945, les prisonniers de guerre, les déportés, les travailleurs obligatoires, les internés de camps de concentration rentrent au pays. Georges Hubert passe la plupart de son temps dans les gares. Il recueille un maximum de renseignements chez les arrivants. Dès le départ du train, d’interminables listes de personnes sont diffusées. Il dit « Vous êtes sur antenne, remettez le bonjour à votre famille... », etc., les émissions de disques étant ainsi interrompues pour diffuser ces bonnes nouvelles. Chaque localité peut donc s’organiser pour fêter dignement le retour des siens.

NOTES :
(45)
Archives personnelles de Monsieur Georges Hubert. Commémoration du 40ème anniversaire de la Libération à Tamines le 19 octobre 1984.
(46)
Interview de Monsieur Georges Hubert réalisée à Namur en date du 7 janvier 1998.
(47)
Ibid.
(48)
Ce transfert vers le chef-lieu de la Province est à la base du Centre de Production de Namur-Luxembourg et du Brabant Wallon de la R.T.B.F., où sont actuellement occupés plus d’une centaine d’agents.
(49)
Archives personnelles de Monsieur Georges Hubert. Commémoration du 40ème anniversaire de la Libération à Tamines le 19 octobre 1984.






Textes extraits du Mémoire (1998) de Mme Agnès DENOËL
"LA RADIO EN GUERRE"
SON ROLE DANS LA LIBERATION
A TRAVERS LA MISSION SAMOYÈDE

2005/11/22

M.S. 5-8 : Samoyède en action : difficultés de l'occupation

1. - Huit « planques » disséminées aux quatre coins du pays
Samoyède, comme nous l’avons dit, a l’intention, directement après la Libération, de faire fonctionner huit stations d’information : deux à Bruxelles, trois en Flandre et trois en Wallonie. En réalité, on ne parvint à en mettre en service que quatre.

Chaque émetteur de province jouit d’une indépendance complète. Les instructions qu’il reçoit lui donne pleins pouvoirs pour faire ses programmes et ses bulletins d’information ; du personnel spécialisé sera adjoint et des disques de phono seront fournis dans les premiers jours de la Libération. De plus, une liaison sur ondes courtes est prévue et chaque émetteur dispose d’un code qui lui permet de demander des instructions au poste central de Bruxelles. Chaque émetteur fonctionne sur cristal et une longueur d’onde propre lui est assignée. Il faut également ajouter à ce dispositif le recrutement d’une équipe pour la défense et la protection des locaux le jour J.

Il est à souligner que l’occupant ne trouva jamais le moyen d’infiltrer un seul des agents dans la branche technique du réseau. Seuls des éléments de l’émetteur de Diest tombèrent entre les mains de l’ennemi à la suite d’une dénonciation locale. En réalité, les Allemands n’eurent jamais aucun soupçon sur la réalisation d’une telle entreprise clandestine performante et organisée à l’insu de leurs services de dépistage.

Revenons à présent plus précisément sur ces huit « planques » disséminées aux quatre coins du pays :

· Courtrai : François Landrain se rend, sur les conseils de Jan Boon, chez le prêtre Gillon à Courtrai. Cet ecclésiastique était en effet une des figures clés de la radio privée de Flandre-Occidentale (W.V.R.O.) avant-guerre. Il accepte de s’allier à la mission Samoyède et l’émetteur de Courtrai est, grâce à la précieuse collaboration d’Etienne Vergote, le premier des émetteurs Samoyède en état de marche. Mais le 21 juillet 1944, toute l’installation est détruite par un bombardement... anglais ! Vergote recommence avec acharnement, l’objectif restant la remise en service du W.V.R.O. dans les premiers jours de la Libération. Le 1er septembre, un nouvel émetteur est opérationnel. Mais il ne fonctionna cependant pas, pour des raisons peu claires, au moment voulu.

· Houdeng-Aimeries : Depuis son château de Génival, à Houdeng-Aimeries, Louis Roland dirige l’équipe Samoyède : il construit et dissimule l’émetteur hennuyer non transportable. La fin de l’oppression allemande sera annoncée sur les ondes au Hainaut par Louis-Philippe Kammans, le 5 septembre 1944.

· Namur : Edgard Maréchal et Gaston Bruyère permettent à l’antenne namuroise de prendre effet dès le 5 septembre. Georges Kuhn assumera le rôle de speaker en ce jour de joie. Nous y reviendrons au chapitre suivant.

· Bruxelles : François Landrain, outre l’aide proposée par Edouard Binard, entre en contact avec Georges Dursin, Annie Vandenbrouck, sa fille Eliane et André Colens. Ces derniers possèdent une cave Avenue Louise et proposent d’y dissimuler l’émetteur. Mais, le 3 septembre, jour de la Libération, l’humidité gagne la cachette et provoque un court-circuit dans les installations secrètes. Le travail acharné de toute une équipe effondrée permet de faire fonctionner l’émetteur le 6 septembre à 18h. André Guéry aura ce jour-là le privilège d’annoncer aux Bruxellois l’heureuse nouvelle de leur Libération.

· Liège : Arthur Dabompré est désigné responsable de l’équipe liégeoise par François Landrain début juillet 1943. Jean Mertens prend le micro le 8 septembre, jour où les troupes américaines prennent la ville alors que la rive gauche de la Meuse est encore aux mains des Allemands. Les émissions sont cependant interrompues le 9 septembre à la demande du commandant américain et reprises seulement en octobre. L’émetteur fonctionnera sous les bombardements V1 et pendant l’offensive allemande des Ardennes.

· Anvers : Landrain établit un contact en mars 1943 avec René Verstraepen. Au cours des mois qui suivent, ce dernier intègre l’Armée Secrète. Sa succession est assurée et le concours du matériel de l’ancien poste privé d’Anvers permet la construction de l’émetteur. Malheureusement, installé à Schoten - toujours sous la botte allemande après la libération d’Anvers - l’émetteur de Samoyède ne fut pas en mesure de fonctionner.

· De Pinte : Sur ordre de Landrain, André Seydel prend contact avec les frères Anthierens, et au printemps 44, l’émetteur est prêt. Mais, après la Libération, on le transféra pour des raisons techniques à Gand où il fut utilisé.

· Diest : Pour le Limbourg, François Landrain s’adresse au Père Bergs qui s’adjoint les services de Gérard Keersmaekers déjà membre du réseau de renseignements Marc et de l’Armée de Belgique (la future Armée Secrète). Ce dernier est arrêté et meurt en février 1945 à Buchenwald. De nombreuses arrestations ayant eu lieu dans la région de Hasselt, Landrain estime dès lors inutile et dangereux de remonter la cellule de Diest : rien ne sera plus tenté dans cette région.


2. - Samoyède et les émetteurs privés

La plupart des émetteurs privés indépendants (au nombre de 16) se sabordèrent en mai 1940. Ils empêchèrent de la sorte l’occupant de s’adresser à la population par leur canal pour faire de la propagande, semer la panique ou accroître encore la confusion générale (cfr note 30).
La mission Samoyède tente pourtant de faire appel à la collaboration de ces émetteurs privés d’avant-guerre : malgré tout certains avaient pu conserver une partie de leur matériel technique. Soulignons que seul l’émetteur privé de Courtrai fut associé à part entière à Samoyède. A` ce propos, rappelons en effet la visite de Frans Mertens, en février 1943, au Couvent des Carmes de Courtrai où il est reçu par le Père Léopold, l’un des membres influents du Conseil d’Administration avant-guerre de la station locale W.V.R.O. (l’émetteur privé de Courtrai - le West-vlaamse-radio-omroep). En mai 1940, l’émetteur privé est tombé entre les mains allemandes qui le transforment en station de brouillage à la Pentecôte 1941. La nouvelle « prise » est localisée dans la petite commune de Vichte. En s’assurant la collaboration des membres de l’ancien émetteur privé, la mission Samoyède visait un double objectif : d’une part, réduire au silence par une action de sabotage, l’ancien émetteur du W.V.R.O. à Vichte - qui brouillait les émissions de la B.B.C. - et d’autre part, construire une nouvelle installation pour Courtrai, susceptible d’entrer en service le jour même de la libération de la ville. Le Père Léopold saisit cette occasion pour demander une confirmation de son mandat. Aussi une rencontre a-t-elle été organisée avec Jan Boon en tant que représentant de l’Autorité (la création de la R.N.B./B.N.R.O. n’était alors pas encore connue) (cfr note 31).

NOTES :
(30)
Ces émetteurs dissimulés, détruits ou convertis par les Allemands en postes de brouillage, tel celui de Vichte, ne renaîtraient plus après quatre ans d’occupation. Comme pour l’I.N.R./ N.I.R., leurs licences avaient été retirées le 4 mai 1940 par le ministre des P.T.T. moyennant un préavis de deux ans.
(31)
D’après Veldekens J. et de Kriek J.R., « Commentaires relatifs à l’article de Jean-Claude Burgelman » in Cahiers du Centre de Recherche et Etudes historiques de la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles, mai 1989, n°12, pp.4-5.


3. - A` la recherche de matériel « introuvable »
Il faut se replacer dans les caractéristiques technologiques de l’époque. Pour atteindre l’ensemble du territoire, un seul émetteur idéalement dissimulé dans Bruxelles n’eût été que ridiculement faible. A` cela s’ajoute la prévision quant à la libération par étapes du territoire belge. Il fallait donc penser à un minimum de huit émetteurs. Si la fabrication du châssis s’avérait aisée, il n’en était pas de même pour la taille des cristaux de quartz. En effet, l’épaisseur de leur lame s’avère caractériser la longueur d’onde de l’émetteur. De plus, les lampes d’émission n’existent plus sur le marché belge. Pour parer à cette carence, que ne faudra-t-il pas trouver ? Des condensateurs d’accord à partir de plaques d’aluminium, des condensateurs de filtrage, des tensions d’alimentation anodiques. Denrée particulièrement indispensable ? Le fil de cuivre. Il faut prévoir des quantités impressionnantes mais penser aussi à s’adjoindre des spécialistes du bobinage à la main pour obtenir des selfs dont le nombre de tours de ce fil est calculé en fonction de la longueur d’onde. Il faut en outre ajouter à ces trésors rares des transformateurs nécessaires à l’alimentation des filaments de chaque lampe à partir de 220 volts alternatifs, et enfin pour parachever l’ensemble, des groupes électrogènes à essence censés fournir cette énergie. Il fallait en effet être indépendant de toute fourniture de courant quels que soient les aléas des combats.

Et le risque dans tout cela ? L’occupant ne lésinait pas : détenir l’élément quelconque d’un émetteur équivalait à détenir une arme et son propriétaire était passible de la peine de mort. On comprend par là l’importance de ceux à qui incomba la réalisation et la coordination du volet technique de l’opération Samoyède.

Ce réseau, qui entraînait des installations considérables (chaque station comportait un minimum de 5 m3 d’appareils reliés entre eux et qu’il fallait camoufler), put notamment être établi grâce à l’aide qu’apportèrent à Samoyède des dirigeants ou techniciens des stations privées, ainsi que des amateurs radio-émetteurs. La totalité du matériel, y compris les précieuses lampes d’émission, fut trouvée sur place ou volée aux Allemands, ce qui constitue une prouesse.


4. - Deux parachutages, pas un de plus

Le problème des lampes d’émission paraît insoluble. François Landrain s’inquiète à juste titre. La voie des airs semble être l’unique solution. Pour obtenir la coopération des Anglais, Freddy Veldekens doit convaincre Londres de façon urgente. En effet, ces fameuses lampes constituent un des éléments clé du processus de fabrication des futurs émetteurs. De leurs caractéristiques découle la spécificité en cascade d’un grand nombre d’autres particularités du système à construire. De plus, en mars 1943, nul ne peut prévoir combien de temps dureront les hostilités : avec des émetteurs non transportables en cas d’alerte ou de fouille, l’urgence et la discrétion deviennent vite pour nos deux compères les seuls mots d’ordre.

Une fois Londres prévenu, il faut encore faire admettre des terrains de parachutage à la R.A.F. Le centre nerveux de Samoyède installé à Bruxelles impose un lieu de réception relativement proche et ce, afin d’éviter au maximum un trop long acheminement du matériel. Car la vigilance des Allemands s’accentue. Il faut donc un parachutage éclair, de nuit, avec évacuation ultra rapide du matériel vers des caches sans faille. Il faut de plus prévoir des groupes de réception ainsi que des groupes de balisage des pistes munis de torches orientant le pilote au moment critique. La Campine et les Ardennes étant trop éloignées, il ne restait que des zones périlleuses.

Le terrain agréé par la R.A.F., il fallait encore en déterminer les coordonnées exactes ; rares étaient les professionnels de ce genre de calcul au sein de la mission. Enfin, même si tout paraissait parfaitement au point, la R.A.F. devait encore paraître au rendez-vous. La météo restait une inconnue de taille avec bien d’autres contingences. Les messages étaient-ils reçus, les pilotes étaient-ils sûrs ? Toujours est-il que seuls deux parachutages furent réceptionnés.

Dans la nuit du 18 au 19 août 1943, trois conteneurs furent largués à Kester (cfr note 32), à 9,5 km à l’ouest de Halle. Ils contenaient des films, quatre récepteurs radio, dix revolvers, 500 cartouches, du matériel incendiaire, des vivres, un message et un nouvel émetteur pour le télégraphiste Léon Bar. Mais, les Allemands en entendirent parler, trouvèrent le lieu de largage et fouillèrent la région. Il ne leur fut pas difficile de trouver la cache : des traces de pas et celles des containers heurtant le sol leur en indiquaient la voie. Plusieurs membres du comité de réception furent arrêtés.

Le deuxième largage eut lieu un peu plus au nord, à Lennik, le 10 janvier 1944. Londres avait promis 15 conteneurs, mais il n’en fit parvenir que deux. Cette fois, la chance paraissait être au rendez-vous, et le matériel plus adéquat, à première vue du moins : des lampes étaient cassées dans leur emballage réalisé de manière non conforme pour ce genre de largage. De plus, sur sept émetteurs de radio reçus, quatre étaient de qualité à la limite de l’acceptable, les trois autres fonctionnaient sur des piles trop faibles de fabrication anglaise, introuvables en Belgique. On trouvait encore des revolvers et du matériel de propagande.

NOTE :
(32)
Kester était, avant la guerre, le haut lieu du mouvement extrémiste flamand où Staf Declercq avait commencé sa carrière d'instituteur.


5. - Des missions parallèles confiées à Samoyède

Côté cinéma - grâce à Herman Thielemans - et côté presse - grâce à Jean Wayers - la mission Samoyède trouve encore de remarquables moyens pour s’exprimer.

Le contrôle des cinémas et la distribution des documentaires et des longs métrages sont donc assurés, dès la Libération, par l’équipe de Thielemans. Elle rassemble les films d’origine anglo-saxonne d’une part et d’autre part, assure la prise des films tendancieux du « journal filmé » allemand, principalement les coupures qui y étaient faites pour donner à l’information cinématographique sa tendance spécifique. Ces bobines serviront même de preuve à charge des collaborateurs et participants aux manifestations rexistes. L’équipe monte de plus un film sur la libération de la capitale belge, avec les productions anglaises et américaines et le diffuse rapidement dans les salles.

Côté matériel de presse, sous l’autorité de Jean Wayers - Directeur à l’époque d’une certaine fédération des imprimeurs de Belgique -, le réseau s’active pour procurer encre et papier aux imprimeurs chargés de la propagande au moment de la libération du pays. Ainsi, le jour J, il y avait un peu partout dans le pays des imprimeries approvisionnées, personnel compris.

Londres ordonna également à Samoyède de détruire le fichier contenant les coordonnées des propriétaires d’un appareil radio, fichier conservé dans les bureaux de la R.T.T. à des fins fiscales. Les Allemands semblaient s’y intéresser dans le but supposé de réquisitionner les récepteurs (cfr note 33). Ainsi, Jan Boon favorisa une rencontre entre François Landrain et Ludovic Bas, ingénieur et sous-directeur de la R.T.T. Un premier essai de destruction fut manqué le 23 octobre 1943. Par la suite, le personnel de la R.T.T. détruisit quelques 200.000 fiches et l’adressographe correspondant. Geste bien inutile, si l’on sait que les Allemands avaient cessé de s’y intéresser et qu’en date du 10 mai 1944, le bâtiment qui le contenait fut détruit par un bombardement mal exécuté.

La mission Samoyède, grâce à un réseau d’opérateurs sans-fil hautement spécialisés, parvint, non sans pertes douloureuses, à maintenir un contact permanent avec le gouvernement belge à Londres ; elle servit aussi de point de liaison avec de nombreux autres réseaux d’action ou mouvements de Résistance et disposait d’un comité de réception de parachutages qui fonctionna plusieurs fois. Elle prêta son assistance directe à la mission Stentor. En effet, l’idée de faire bricoler des récepteurs de radio fonctionnant sur piles et de constituer un petit noyau de journalistes de confiance auxquels les Alliés feraient appel dès la libération du territoire, naquit à Londres. François Landrain et quelques autres agents imaginèrent alors quelques récepteurs pour être branchés sur les longueurs d’ondes des émetteurs, mais il était impossible de multiplier les exemplaires de manière à pallier les éventuelles coupures générales de courant électrique. Ainsi fut plus précieux, plus important, la cellule de journalistes constitué pour se mettre immédiatement à la disposition de William Ugeux (cfr note 34) lors de son retour à Bruxelles. En cas de défectuosité de l’émetteur bruxellois au moment voulu, Stentor devait permettre de diffuser malgré tout les consignes, conseils, etc. adéquats. Comment ? En la diffusant grâce à des haut-parleurs installés sur le toit de camionnettes sillonnant la ville.

La dernière grande action parallèle de Samoyède avant la Libération assurera l’opération de sauvetage de l’immeuble principal de l’I.N.R./N.I.R. de la Place Flagey, avec le matériel qu’il abritait, contre sa destruction par les Allemands qui battaient en retraite.

NOTES :
(33)
Les Allemands avaient, peu de temps avant, réquisitionné les récepteurs hollandais.
(34)
W. Ugeux, fait, pour la période de 1944 à 1945, partie d’un comité chargé de préparer le retour en Belgique libérée. A` la Libération, il est nommé responsable de l’information sous l’autorité de l’Etat-major interallié et du gouvernement belge.
Textes extraits du Mémoire (1998) de Mme Agnès DENOËL
"LA RADIO EN GUERRE"
SON ROLE DANS LA LIBERATION
A TRAVERS LA MISSION SAMOYÈDE

2005/11/21

M.S. 4-8 : Mise en place de Samoyède en territoire occupé

Le projet de Paul Lévy prend enfin forme. En ce mois de mars 1943, les autorités belges ont mesuré l’importance d’une information rapide concernant les événements se déroulant en pays occupé. Pour Paul Lévy, le triomphe est total. Mais il n’en sait rien. Si le gouvernement Pierlot l’a compris, c’est parce que l’information est devenue pour lui d’une impérieuse nécessité.

En effet, depuis le 9 février 1943, une radio, la R.N.B/ B.N.R.O. (Radio Nationale Belge/ Belgische Nationale Radio-omroep) émet sur la grille des programmes de la B.B.C. (cfr note 21). Elle est placée sous l’unique responsabilité du gouvernement.

Nous l’avons vu, les émissions de la R.N.B. ont évidemment pour but de rétablir le contact avec la population belge et de l’informer sur la situation, mais surtout de préparer l’opinion publique à la politique de redressement et de reconstruction qui sera menée après la Libération. Comme toutes les installations techniques de l’Institut National de Radiodiffusion (I.N.R.) à Veltem avaient été détruites, il fallait envisager la construction clandestine en territoire occupé de stations d’émissions radiophoniques dont le gouvernement pourrait disposer dès la libération du territoire. Une des tâches de la R.N.B./B.N.R.O. consistera donc également à organiser des émissions locales. Cette mission périlleuse est confiée au groupe de résistance clandestine « Samoyède ».

NOTE :
(21)
La R.N.B. émet sur la grille des programmes de la B.B.C. juqu'au 16 mai 1943, date à partir de laquelle l'émetteur de Léopoldville sera rendu opérationnel.


.1. - Fiche d’identité de la mission Samoyède

Conception de la mission
- Antoine Delfosse - Ministre de l’Information à Londres.
- Paul M.G. Lévy - journaliste de l’I.N.R., parvenu à Londres en 1942 après sa libération du camp de Breendonk.
Bureau d’exécution à Londres
Bureau du Political Warfare Executive au sein de la Sûreté de l’Etat.
Agent d’exécution
Capitaine A.R.A. Frédéric Veldekens, parachuté le 12 mars 1943 sous le nom de « Samoyède » et reparti pour Londres en juillet 1943.
Direction générale
- Frédéric Veldekens alias Samoyède 1.
- Paul Mertens alias Samoyède 2, arrêté en février 1944 et abattu à Flossenburg le 15 mars 1945.
- Jacques Veldekens alias Samoyède 3 qui assura le succès final de l’opération.
Direction technique radio
François Landrain, chef technicien de Radio-Schaerbeek.
Direction culturelle radio
Jan Boon, directeur général du N.I.R.
Direction technique cinéma
Herman Thielemans
Direction technique presse
Jean Wayers, directeur de la fédération des imprimeurs de Belgique.
Opérateurs sans-fil
- Léon Bar, alias Ping-Pong 1, parachuté le 16 avril 1943, arrêté et fusillé par l’ennemi le 10 février 1944.
- Roger Tytgat, alias Ping-Pong 2, Gratiano ou Marcel Jacquet, parachuté le 15 septembre 1943.
- Raoul Dubois alias Ping-Pong 3, chef technicien à la Régie des T.T., agent Samoyède vers la mi-décembre 1943, arrêté le 30 janvier 1944.
- Camille Detremmerie alias Ping-Pong IV, chef de laboratoire dans une entreprise radio de Bruxelles, arrêté le 30 juin 1944.
- Léon De Winter (lieutenant A.R.A.), alias Polka, parachuté le 2 juin 1944, tué en opérations militaires en décembre 1944.


Le gouvernement belge de Londres confie également à trois administrateurs de l’ex-I.N.R., rentrés en Belgique, Messieurs Jan Boon (Directeur général des émissions flamandes du N.I.R.), Pierre Clerdent (Secrétaire du ministre Delfosse et président du Comité permanent de l’I.N.R.) ainsi que Julien Kuypers (Secrétaire général de l’Instruction publique), les préparatifs de la résurrection de la radio nationale (cfr note 22).

Nombre de collaborateurs permanents ou occasionnels : environ 300 intégrés
· dans les équipes de construction
· dans les équipes de garde
· dans les équipes de parachutage
· dans les équipes de liaison sans-fil avec Londres
· dans les équipes de courrier
· dans les équipes de refuges
· dans les équipes de réalisation de faux documents

Tableau d’Honneur :
- 11 morts - fusillés ou décédés en captivité.
- 58 agents arrêtés et emprisonnés par l’ennemi.

NOTE :
(22)
Tous trois furent désignés par un arrêté secret du gouvernement belge de Londres. Représentant l’expression de la R.N.B, ils sont dès lors priés de se mettre en contact avec le réseau Samoyède. Selon les souvenirs de P. Clerdent, leur mission n’est pas de contrôler, mais bien de conseiller et d’informer. Leur contact ? F. Landrain essentiellement. (d’après interview du Comte Pierre Clerdent réalisée à Beaufays en date du 27 mars 1998).


2. - Une population mongole pour nom de code

Le nom de cette mission évoque celui d’une population mongole de langue finnoougri-enne, les Samoyèdes (cfr note 23). Eleveuse de rennes, cette peuplade est répartie sur un vaste territoire compris entre l’Oural et l’Ienisseï dans l’Arctique sibérien. C’est donc essentiellement sur les caractéristiques physiques de Freddy Veldekens (son faciès et surtout ses yeux légèrement bridés, caractéristiques proches de celles de ce peuple) que cette dénomination est inspirée aux services anglais comme nom de code pour ce nouveau réseau.

NOTE :
(23)
On désigne par le nom de Samoyèdes plusieurs groupes ethniques (Nenets, Enets, Nganassan, Selkoup). Prenant la langue comme critère de classification, Castren (XIXe s.) a divisé les Samoyèdes en trois groupes : Yourak, Tawgi, Ienisseï-Samoyèdes (Ostiak). Samoyède est aussi le nom d’une race de chien originaire du nord-est de la Sibérie ; utilisé comme chien de traîneau, chien de berger, chien de garde et chien de compagnie.


.3. - Freddy Veldekens : Samoyède 1

Freddy Veldekens est gérant d’une plantation de caoutchouc au nord de Sumatra lorsqu’il reçoit, fin mars 1941, un ordre de mobilisation du gouvernement belge à Londres. Il part le 1er avril avec un cargo hollandais et arrive à Liverpool le 10 juin 1941. Il est alors enrôlé dans une unité blindée. Mais préférant s’engager davantage, il entre dans le service secret et suit une formation pendant trois mois. Fin février 1943, son instruction est terminée.

Le nouvel agent apprend l’objectif de sa mission quelques jours avant son départ pour la Belgique : il devra s’occuper de radio, de presse et de cinéma et notamment organiser un réseau d’émetteurs en pays occupé afin qu’ils puissent émettre dès la libération du pays. Mais, s’il est décidé à agir et à se battre pour son pays, Veldekens ne connaît que peu de choses en matière de radio ; de plus, il ignore tout des prémices de cette entreprise, des accords déjà passés entre Paul Lévy, François Landrain, Frans Mertens etc. et si ces derniers sont toujours vivants ou arrêtés. Il accepte néanmoins la prise en charge de cette mission. On lui délègue dès lors, le 8 mars, un spécialiste de la B.B.C. qui, en trois jours, à raison de 12 heures quotidiennes, lui enseigne les rudiments à connaître en matière radiophonique. Une fois prêt, il reçoit avec son ordre de mission, une liste des personnes à contacter sur place. Comme signe de reconnaissance, une pièce de 25 centimes lui est remise.

« Fielding » - nom de Freddy Veldekens pour les services anglais - est parachuté dans la nuit du 12 au 13 mars 1943. Il porte, dès ce jour, le nom de code de la mission qui lui a été confiée : SAMOYEDE.

Le parachutage est donc un succès, Freddy Veldekens retrouve enfin la Belgique. A` cette heure, sa première préoccupation est celle de connaître sa position géographique. Désorienté, il teste les passants qu’il rencontre par un « Goeien Morgen » : pas de réponse. Par contre, on lui rend la politesse d’un « Bonjour ». Il comprend dès lors qu’il se trouve à la frontière linguistique entre Halle et Enghien. Il gagne donc Bruxelles en prenant soin de ne pas emprunter son ancien quartier où il pourrait être identifié.

A` peine arrivé, il épluche la liste de contacts transmise par Paul Lévy. Il rencontre dans un premier temps François Landrain et lui expose la partie technique de la mission que ce dernier aura à réaliser. A` ce moment, Freddy Veldekens ignore qu’il a affaire au Directeur technique de Radio-Schaerbeek d’avant-guerre. Il ne l’apprendra que quelques jours plus tard. François Landrain lui assure que l’installation clandestine d’une station unique capable de couvrir l’ensemble du territoire le jour de la Libération est chose impossible, et ce d’un point de vue technique, en raison de l’encombrement et du matériel hautement spécialisé nécessaire. Il estime également que la libération de l’ensemble du territoire ne se fera pas en un jour, mais par étapes. Il est donc décidé d’établir huit stations de radiodiffusion. Resteraient les emplacements exacts à trouver. Landrain a son idée... L’ancien Directeur de Radio-Schaerbeek s’interroge déjà sur les conditions de fonctionnement de ces futurs émetteurs : il faut penser à adjoindre, pour chacun d’eux, une source électrique autonome. La chose n’est pourtant pas aisée en temps de guerre, mais cela est rendu nécessaire en cas de coupure de courant ou de destruction des centrales électriques. En outre, une installation sans-fil annexe devra être prévue à Bruxelles pour assurer la future liaison entre ces différents postes d’émission et leur donner les directives nécessaires.

Freddy Veldekens doit aussi préparer l’arrivée du « pianiste » Léon Bar (cfr note 24), dit Ping-Pong I. Il faut en effet de toute urgence trouver un logement sûr et prévoir divers lieux d’émission pour ce télégraphiste. Madeleine Vinck, aidée de Jean Crèvecoeur et Gaston Masereel, coordonnent cette partie du projet aux côtés de Freddy Veldekens.

Samoyède 1 prend également contact avec Jan Boon (qui accepte d’être informé mais ne désire pas agir activement dans le mouvement ). L’ancien Directeur général des Emissions flamandes et nouvellement représentant de la R.N.B. en Belgique occupée est néanmoins à l’initiative de la partie journalistique et culturelle de la mission, une tâche qui sera préparée par une équipe d’anciens de l’I.N.R.

Freddy Veldekens rend visite à Frans Mertens qui deviendra le premier adjoint et le chef suppléant du réseau et qui lui succédera lors de son retour à Londres.

Charles Blaze, agent de police à Bruxelles - déjà intégré dans le noyau mis en place par Paul Lévy - est à son tour contacté par Freddy Veldekens. Il lui fournit, lui aussi, de nombreuses adresses et renseignements utiles.

Peu après, Veldekens a une entrevue avec son cousin, Edouard Binard. Ce dernier est ingénieur de la S.B.R. et a dirigé avant guerre la firme de construction de récepteurs de radio Le scarabée d’or. Ce dernier propose à l’envoyé de Londres, de fabriquer toutes les grosses selfs d’émission ainsi que les supports pour les cristaux de quartz. Professionnellement bien introduit dans le milieu des techniciens radio, il fera aussi fabriquer des transformateurs d’alimentation.

Après de nombreuses hésitations, Freddy Veldekens prend contact avec sa famille. En effet, les risques sont importants. Disparu depuis trop longtemps de l’environnement familial, il ne peut, par sa présence, qu’éveiller les soupçons dans le voisinage : la dénonciation se cache à chaque coin de porte. Autre point de méfiance, sa famille est léopoldiste. A` cette époque, on continue à tenir les léopoldistes pour favorables à une certaine collaboration. Comment fallait-il réagir ? Ne valait-il pas mieux garder sa venue sous silence et conserver l’anonymat ? Les événements se bousculent malgré lui puisque sa physionomie (qui avait déjà inspiré les services anglais) le trahit : il est reconnu par des amis qui ne peuvent s’empêcher d’en avertir son père. Le secret de sa présence étant percé, il accepte de revoir ses proches. Il comprend alors que l’on pouvait continuer à manifester son opposition à ceux qui s’obstinaient à condamner la capitulation du 28 mai par Léopold III, sans pour autant se rallier aux idées colportées par le nazisme (cfr note 25). Il leur accorde donc toute sa confiance, sans pour autant leur dévoiler le motif réel de son retour au pays.

Pourtant, une coïncidence assez providentielle se présente à ses yeux: son frère Jacques habite la même rue que Frans Mertens, et même l’appartement en vis-à-vis. Des contacts pourraient donc se nouer entre eux en toute discrétion. Mis au parfum, Jacques Veldekens accepte d’intégrer le réseau et est nommé Samoyède 3. Dès cet instant, il devient la doublure de Frans Mertens. Sa participation active à la mission ne doit pourtant prendre acte qu’en cas d’arrestation de Frans Mertens.

Tout paraît bien structuré, la toile est solidement tissée : le rôle de Freddy Veldekens s’achève. De plus, le terrain devient de plus en plus dangereux pour sa sécurité et pour celle du réseau qu’il vient de mettre en place. Frans Mertens assure à présent la succession, François Landrain accepte de prendre les rênes de la partie technique (cfr note 26), tandis que chaque agent suit les premières instructions données. L’heure du départ est proche. Les contacts pris, les terrains de parachutage repérés, c’est avec une prolongation d’un mois sur le temps imparti à sa mission que Freddy Veldekens prend le chemin du retour via la Suisse à la mi-juillet 1943. Le 16 novembre, il est à nouveau en territoire britannique.

NOTES :
(24)
Léon Bar est parachuté dans la nuit du 16 au 17 avril 1943. Il sera surpris en cours d’émission le 27 août 1943 et fusillé au Tir national à Bruxelles le 10 février 1944 sous le nom d’emprunt de Léon Baudhuin.
(25)
Lhoir, G., op cit., pp. 83-84.
(26)
F. Landrain accepte la direction technique selon trois conditions admises par Freddy Veldekens :
- être le chef de la branche ;
- obtenir une reconnaissance officielle à ce titre ;
- être soutenu financièrement de façon à pouvoir se procurer les éléments indispensables à la réalisation des émetteurs.
Landrain avait appris que Samoyède présentait d’autres aspects et, en revendiquant le monopole de la partie technique, il voulait prévenir les interférences éventuelles entre les autres branches.


4. – François Landrain :
le cerveau technique et le coordonnateur de la réalisation du projet

Depuis sa dernière entrevue avec Paul Lévy, François Landrain entame les préparatifs du projet qu’ils ont concoctés. Le message convenu n’est pas encore diffusé sur les ondes, et déjà, cinq techniciens sont recrutés pour lancer l’opération radio. Pour éviter de rater le signal du lancement des opérations, Landrain met sur pied, avec l’aide de Jan Boon, une commission d’écoute de la radio de Londres : plusieurs précautions valent mieux qu’une ! Il entreprend ensuite d’étoffer le réseau par un certain nombre d’agents compétents. De par sa fonction à Radio-Schaerbeek avant guerre, il a de nombreuses personnes qualifiées figurant dans son agenda. Il contacte donc d’anciens responsables de radios privées ainsi que des techniciens et se met en relation avec René Vestraepen, Président avant-guerre du réseau belge des radio-amateurs.

Le message de Paul Lévy est enfin diffusé, l’espoir reprend : les ordres ne vont sans doute plus tarder, pense Landrain. Nous savons que ce ne sera pas le cas : les jours, les semaines, même les mois passent et le doute et les fulminations envahissent l’esprit de l’ex-directeur de Radio-Schaerbeek. Le silence est déroutant et démoralisateur : Lévy aurait-il renoncé à la réalisation de son projet ? Landrain doit pourtant attendre les instructions de Londres, mais le temps passe et il prend conscience de l’énormité de la tâche qui l’attend : il n’est pas sans réaliser les difficultés de la conception standardisée de huit émetteurs et a de plus conscience de la spécificité de ces derniers en fonction d’éléments sans doute encore détenus clandestinement par d’anciennes radios privées. Il n’ignore pas non plus qu’il sera nécessaire d’étudier, cas par cas, la réalisation de chacun de ces émetteurs, de concevoir leurs propres selfs, de tailler les cristaux de quartz (cfr note 27) en fonction de leurs particularités propres et d’imaginer de la même façon les condensateurs. L’entreprise une des plus aléatoires et des plus hasardeuses de la Résistance, est de taille, surtout en cette période.

Enfin, après la phase de conception, après la phase d’expectative, voici venu pour François Landrain, avec les premiers jours du printemps 1943, la phase de l’action : durant la deuxième quinzaine de mars, il rencontre à plusieurs reprises Freddy Veldekens qui lui confirme sa mission de conception et de direction de la réalisation clandestine de tout un réseau d’émetteurs fixes. Landrain devra en outre trouver des caches de haute sécurité. Samoyède I lui assure le concours discret de nombreuses personnes.

Avant la fin du mois, Landrain part en campagne. Il rend visite à une vieille connaissance anversoise René Verstraepen. Il lui expose le but de sa démarche et lui propose de prendre en charge la réalisation de l’émetteur d’Anvers qui, en théorie, doit servir de tremplin à la mission. Ce dernier accepte.

Peu après, début d’avril 1943, Landrain rencontre Boon qu’il sait remarquablement informé de ce qui se trame, sous le manteau, dans le milieu d’anciennes radios privées. Il découvre ainsi que le Père Bergs, Directeur de l’Ecole industrielle de Hasselt, abrite deux émetteurs et que Gérard Keersmackers, ancien Directeur de Radio-Loxbergen, est tout indiqué pour superviser l’ensemble du travail. Il apprend également qu’un émetteur est caché à Courtrai. De plus, Jan Boon se déclare disposé à entrer en relation avec d’anciens dirigeants de la station courtraisienne catholique West-vlaamse-radio-omroep (W.V.R.O.). Sitôt le contact pris avec eux, le Chanoine Janssens et le Père Léopold donnent leur appui pour le plan de Samoyède (cfr note 28).

Très intéressé et intrigué par les deux émetteurs du Père Bergs, François Landrain se rend à Hasselt, sur recommandation de Jan Boon, mais il ne trouve là que du matériel inutilisable de tranchées, de provenance allemande, dont la portée est dérisoire. La déception est grande. Le Père Bergs révèle alors qu’il est en mesure, avec l’aide de deux jeunes ingénieurs, de réaliser la partie basse fréquence d’un émetteur relativement puissant. Gérard Keersmaekers accepte, quant à lui, de veiller sur la partie alimentation de cet émetteur. C’est à Diest que devrait s’implanter le second des huit émetteurs régionaux. Les plans sont immédiatement dressés et les données techniques précisées par François Landrain qui se reprend à espérer.

Peu de temps après, Landrain rencontre à son tour Edgard Binard qui réitère sa proposition faite à Freddy Veldekens : en plus de sa participation à la confection technique de pièces, il propose d’installer l’émetteur bruxellois à son domicile.

Aux environs du 15 mai, François Landrain délègue à la Pinte, près de Gand un ami de toute confiance, André Seydel, avec mission de sonder les sentiments patriotiques des deux radio-amateurs qu’il connaît personnellement : les frères Paul et Charles Anthierens. Ces derniers acceptent eux aussi de participer à l’entreprise.

Landrain se rend ensuite à Courtrai chez l’abbé Gillon qui s'engage à diriger dès ce jour l’avancement des travaux dans son secteur. Il fournit aussi du fil pour bobiner les selfs d’antenne, de gros condensateurs variables d’émission et un micro.

Début juin, Landrain retrouve à Liège Pierre Clerdent. Celui-ci lui présente, pour la construction de l’émetteur dans le secteur liégeois, le chef de secteur de l’A.L., Alfred Ramboux, lequel établit la liaison avec un technicien de grande valeur ; Arthur Dabompré. Alfred Ramboux procure également à François Landrain une pénétration dans le Namurois via un autre responsable provincial de l’A.L, Edmond Gravier. Grâce à Gravier, Landrain fait la connaissance de deux hommes de très grande qualité : Edgard Maréchal, ex-journaliste à la Cité Nouvelle et Gaston Bruyère, contremaître électricien à la gare de Tamines qui avait fait son service militaire dans les transmissions et qui était radio-amateur.

En juin, René Verstraepen permet la rencontre avec Louis Roland, radio-amateur depuis 1929, propriétaire du château de Génival à Houdeng-Aimeries (à l’est de Mons) et ancien membre des radio-amateurs. Lui aussi entre dans l’organisation clandestine de Samoyède : il fabriquera l’émetteur de même que des pièces importantes pour les autres stations. A` partir de mi-avril 1944, Roland télégraphiera aussi une partie des rapports codés de Samoyède à Londres et réceptionnera les télégrammes destinés au réseau. Il taillera également huit cristaux de quartz pour les appareils Samoyède.

La première quinzaine de juillet, les principales liaisons sont établies et François Landrain peut rassurer Freddy Veldekens, juste avant son départ pour Londres : « Toutes les cellules sont au travail. Huit émetteurs clandestins seront construits ».

A` partir de juillet 1943, Landrain est partout à la fois. A` la faveur d’un certain nombre de déplacements, il supervise l’ensemble de l’entreprise considérée sous son aspect technique. Il prodigue ses conseils, dresse les plans des émetteurs, détermine leurs caractéristiques en fonction des éléments disponibles, trouve des lampes détenues par certaines personnes au mépris des ordonnances de l’occupant, en récupère chez des propriétaires de salles de cinéma, en rachète même à des soldats... de la Wehrmacht, à très grand prix. Il trouve des moteurs de voitures (via ses relations) pour actionner les groupes électrogènes des émetteurs. Pour parachever l’ensemble, il prévoit une liaison en ondes courtes de manière à ce que chaque émetteur communique, par code, avec le poste central de Bruxelles, lors des combats de la Libération. Toutes les installations clandestines sont également équipées d’un tourne-disque.

Lui seul, en tant que responsable technique, a le contact avec les diverses cellules de montage qui travaillent chacune d’une manière autonome.

NOTES :
(27)
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les cristaux de quartz, introuvables dans nos roches en Belgique ne posaient pas grand problème chez François Landrain. Il avait repéré au Musée de Tervueren, deux énormes spécimens exposé en vitrine. Ces cristaux allaient être subrepticement subtilisés car l’astucieux technicien ne croyait pas à une sorte de père Noël anglais qui serait venu parachuter en Belgique soit des cristaux, soit des lampes d’émission.
(28)
Le Chanoine Janssens et le Père Léopold espéraient sans doute ainsi que l’émetteur privé d’avant-guerre reprendrait vie, servirait à la Libération et continuerait après la guerre.


5. - Frans Mertens : Samoyède 2

Invalide de la guerre 14-18, Frans Mertens est issu d’une famille nombreuse anversoise. D’un caractère très liant, il cultive ses amitiés dans les milieux des étudiants, des avocats, des anciens combattants, des associations politiques et radiophoniques.

En février 1943, le message annonçant l’arrivée de Paul Lévy à Londres a été reçu depuis sept mois. Mertens espère depuis cette date, chaque jour, la transmission d’un deuxième message, annonçant l’arrivée d’un agent. En effet, son impatience est au summum. Trouver des possibilités de développer des actions est sa hantise. Depuis 1941, il a des accointances avec un certain nombre de groupes de renseignements et d’organisations de résistance. A` l’époque, il est aussi Inspecteur aux Dommages de guerre. Il est donc en possession d’un libre parcours sur les chemins de fer. Il profite ainsi de ses déplacements sur le territoire pour outre établir des dossiers, éclaircir les cas litigieux, rencontrer et sonder de nouveaux agents.

Après le parachutage et le départ de Freddy Veldekens arrive contre toute attente l’heure de l’intronisation de Frans Mertens. Par ce fait même, Jacques Veldekens, sa doublure, se retrouve inévitablement dans l’obligation de s’impliquer plus amplement. Les deux hommes vont se rencontrer régulièrement.

Nommés responsables dans la mission Samoyède, Mertens et Landrain doivent conjuguer leurs talents pour mener à bien cette dernière. Les tempéraments respectifs de ces deux hommes se situent pourtant aux antipodes. Mertens est un homme très accueillant, d’une confiance aveugle, qui s’épanche facilement et qui de ce fait prend, aux yeux de Landrain, des risques effroyables. A` l’opposé, François Landrain, sans être pour autant inamical, a un comportement très réservé, très méfiant et autoritaire. Ils doivent cependant se tolérer.

Le 29 février 1944, Jacques Veldekens et Frans Mertens déjeunent ensemble. Le premier se trouve depuis la veille dans la clandestinité et conseille au second de faire de même : plusieurs agents du réseau ont été arrêtés. Obstiné, Frans Mertens décide malgré tout de passer une dernière fois à son domicile afin d’emporter quelques documents compromettants. Il s’assure avant tout de la sécurité des lieux. Il a mis au point un système de dépistage dans lequel il place une confiance exagérée : un mot de passe convenu avec le fils de la propriétaire de l’immeuble doit lui signaler tout danger par un simple coup de fil. A` cette heure, la SIPO-SD fouille déjà les lieux et attend patiemment de capturer sa proie. Au téléphone, son jeune commis, totalement affligé, prend la communication sous la menace du revolver d’un gestapiste : sa réponse diffère de la phrase convenue. La signal de danger est donc émis. Pourtant Frans Mertens pousse la témérité jusqu’au sublime et se figure un simple oubli de la part de son correspondant : il rentre malgré tout chez lui. A` la grande désolation de tous, Mertens est arrêté à son domicile.

Le coup de filet est important. Pourtant, les Allemands n’ont jamais su que Frans Mertens était, au moment de sa capture, le chef du réseau Samoyède ni même qu’il appartenait à la mission. Il est envoyé en Allemagne, au camp de Flossenburg, sous l’étiquette « terroriste ». Il sera fusillé par les nazis le 15 mars 1945, deux jours avant l’arrivée des Américains.


6. - Jacques Veldekens : Samoyède 3

Le 1er mars 1944, Jacques Veldekens apprend l’arrestation de Frans Mertens. La consternation est profonde. Juriste de formation, avocat et Bourgmestre catholique de Pepingen, Jacques Veldekens réalise qu’il devient automatiquement chef du réseau : il assure dès ce moment la transition sous le nom de Samoyède 3.

Début mars, il sait la police allemande sur ses traces : depuis le 25 février, plusieurs noms ont été donnés, dont le sien. Une seule personne a jusqu’alors été appréhendée. Pas d’arrestations immédiates pourtant, la police espère sans doute une plus large prise. Malgré le couperet prêt à tomber, Samoyède 3 continue ses activités.

Au printemps 1944, la tâche du nouveau responsable est éprouvante : arrestations multipliées et défiances, fonds à obtenir sur parole, relations à regagner et surtout pénurie de matériel de réception et d’émission.

Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Dans tout le pays, des groupes de résistants de la dernière heure se constituent, parfois dans le désordre et conjuguent leurs forces aux réseaux en place. On a l’impression que toute la Belgique est entrée dans la clandestinité. En juillet, Jacques Veldekens est confronté à l’effervescence de la population et celle de ses agents. Il est en outre en rapport avec des agents d’autres groupes étrangers à la mission Samoyède, tels Socrate, le Groupe G, l’Armée de la Libération. Bref, en cette période cruciale, il déborde de son propre milieu de guerre psychologique, étant par la force des choses fondu dans les groupes de résistants armés avec lesquels il estime devoir prendre contact, soit pour la protection des émetteurs, soit pour la communication des instructions et la réception des informations à diffuser.

Conscient des périls qu’une telle situation présente pour sa propre survie comme pour celle de la mission, Samoyède 3 se préoccupe de mettre en place une doublure. A` la fin du mois de juillet 1944, Richard de Kriek, est tout indiqué pour assurer la relève en cas de problème. Il transmet à Londres le nom de son successeur éventuel et les moyens de le contacter. De Kriek est préparé à son rôle début août et Jacques Veldekens envisage même son départ pour Londres. Les événements se précipitent malgré lui et Samoyède 3 prend la décision d’envoyer un émissaire à la rencontre des Alliés afin d’établir une liaison militaire entre eux et le réseau Samoyède. Il charge Richard de Kriek de cette démarche. Celui-ci est ravi et fier de pouvoir traverser les lignes, d’arriver à Paris et de là, avec audace, de rallier Fontainebleau qui vient de tomber entre les mains des Alliés et où s’installe le S.H.A.E.F. (cfr note 29). Accompagné sans doute de sa bonne étoile, il a la chance de tomber sur l’un des seuls officiers des armées alliées à être parfaitement informé de l’existence du réseau Samoyède.

NOTE :
(29)
Supreme Headquarters Allied Expeditionary Forces
Textes extraits du Mémoire (1998) de Mme Agnès DENOËL
"LA RADIO EN GUERRE"
SON ROLE DANS LA LIBERATION
A TRAVERS LA MISSION SAMOYÈDE